La Bourse de Casablanca devrait s’écrouler et le dirham dévisser mais non. Bien que les sondages annoncent un triomphe des islamiste aux législatives marocaines de vendredi prochain et que le parti de la Justice et du développement, leur parti, le PJD, ait toute chance de devenir alors la première formation du pays, nul vent de panique ne souffle sur le royaume. On n’y craint ni la guerre civile algérienne, ni l’Afghanistan des Taliban, pas même l’Iran des mollahs, car les islamistes, d’abord, ne vont pas s’engouffrer dans un vide. Même plébiscités, ils seront bien plutôt absorbés par un système politique assez fort pour canaliser leur victoire. C’est au Roi, appuyé par l’armée, que la Constitution donne l’essentiel des pouvoirs. Dans cette monarchie parlementaire mais, avant tout, autoritaire, c’est le Souverain qui désigne le Premier ministre et la marge de manoeuvre du Palais est d’autant plus grande que les députés sont élus à la proportionnelle, mode de scrutin qui induit un tel éparpillement des forces que seule une coalition de partis peut former le gouvernement. Si Mohammed VI choisit de désigner un homme issu du PJD, les islamistes devront se trouver des alliés et composer avec eux. Si le Roi choisit, au contraire, un technicien, un socialiste ou un nationaliste de l’Istiqlal, ils devront accepter de rester dans l’opposition ou de n’être qu’une force d’appoint. Ce ne sera pas l’instauration de la charia mais alors quoi ? Rien de neuf ? Un non événement ? Non, bien sûr. L’événement est considérable car cette prochaine percée marocaine des islamistes confirme leur progression dans l’ensemble du monde arabo-musulman. Du Maghreb au Proche-Orient, l’islam politique est en ascension car il y est la seule force de renouveau face non seulement à la corruption des régimes en place mais à l’usure, aussi, des courants nationalistes issus de la décolonisation et dont les partis uniques et les politiques étatistes ont failli. En retard sur l’Occident et l’Asie, jeune, bouillonnant, le monde arabe cherche sa renaissance dans une quête identitaire qui n’en est qu’à ses premières secousses. C’est le problème de ce début de siècle mais, si ces élections marocaines sont si importantes, c’est aussi qu’elles pourraient également confirmer que l’islamisme est soluble dans la démocratie. Tout comme les islamistes turcs avaient du renoncer à la violence pour parvenir au pouvoir et s’y sont transformés en un parti de gouvernement, conservateur, religieux mais bon gestionnaire et respectueux des élections, le PJD marocain a du beaucoup se modérer pour gagner des voix. Il a compris que le Maroc ne voulait ni se faire voiler, ni se couper du monde, ni se priver du tourisme, sa principale richesse. Au gouvernement ou dans l’antichambre du pouvoir, il pourrait se modérer encore et c’est tout le pari de la monarchie.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.