C’est une proposition syrienne, et plutôt intrigante. A quelques jours de la visite officielle que Nicolas Sarkozy entame aujourd’hui, à Damas, ses hôtes lui ont demandé s’il verrait une objection à ce qu’elle s’achève, demain, sur un sommet non plus à deux mais à quatre, un sommet élargi à l’émir du Qatar et au Premier ministre turc. On ne sait rien des raisons avancées par les Syriens mais le Président français a accepté et les présidents en exercice de l’Union européenne et de la Ligue arabe, Nicolas Sarkozy et Bachar al-Assad, vont ainsi s’entretenir, jeudi, avec le cheikh qatari Hamad ben Khalifa al-Thani, président du Conseil de coopération qui réunit les six pays du Golfe dont l’Arabie saoudite, et le chef du gouvernement turc, Recep Erdogan, dont le pays organise les pourparlers de paix indirects qui se sont rouverts entre Israël et la Syrie. On voit bien l’avantage de prestige que le président syrien peut tirer de ce sommet quadripartite. A travers ses invités et lui-même, sa capitale va accueillir les 27 pays de l’Union européenne, les 22 Etats de la Ligue arabe, les six pays du Golfe et le seul pays musulman, la Turquie, qui soit membre de l’Otan. Pour une Syrie avec laquelle les Etats-Unis continuent de refuser tout contact et qui était ostracisée, il y a quelques mois encore, par les Occidentaux et les Saoudiens en raison de ses agissements libanais, c’est un spectaculaire retournement. Bachar al-Assad s’offre un triomphe diplomatique à côté duquel sa présence dans les tribunes du dernier 14 juillet semble bien peu de choses. Il encaisse les résultats à la fois de la reprise des négociations avec Israël et de son assouplissement sur le Liban avec lequel il a accepté d’ouvrir des relations diplomatiques après avoir, enfin, incité ses alliés libanais à un consensus national sur l’élection d’un chef de l’Etat. Bachar al-Assad va effacer des années d’isolement international et amorcer ainsi – c’est son souhait – une réconciliation avec les Etats-Unis, l’année prochaine, après leur présidentielle, mais y a-t-il quelque chose d’autre derrière cette opération de relations publiques ? Ce sommet quadripartite pourrait-il, autrement dit, s’achever sur une annonce politique ? Sur une accélération des pourparlers israélo-syriens ? Sur une réitération, depuis Damas, de l’offre de paix de la Ligue arabe à Israël ? Sur une initiative syrienne de plus grande ampleur encore ? C’est là qu’est le mystère mais la certitude est que la Syrie veut tourner une page, que ses entreprises veulent s’intégrer au marché mondial, qu’elle veut retrouver et se voir reconnaître un rôle central au Proche-Orient et que Nicolas Sarkozy ne ménage pas son appui à cette nouvelle ambition syrienne parce que la France retrouve par là une place dans la région et que beaucoup de choses y changeraient si la Syrie tournait le dos aux islamistes palestiniens, reconnaissait Israël et, surtout, s’éloignait de l’Iran dont elle est le relais et le seul véritable allié. Affaire à suivre, attentivement.

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