Les Iraniens ne peuvent plus manifester. Les journaux contestataires ou un tant soit peu critiques sont fermés ou de plus en plus muselés. Les Iraniens n'ont plus aucun moyen d'exprimer leur rejet du pouvoir en place mais une pourcentage en dit long sur leur colère. Selon le président de la radio télévision d'Etat, Ezatollah Zarghami, cité la semaine dernière par la presse iranienne, 40% d'entre eux ont tou simplement fermé leurs récepteurs. Ils ne regardent plus, n'écoutent plus des instruments de pure propagande qui appellent à la délation et serinent à longueur de jour que la dernière élection présidentielle serait la meilleure preuve du soutien populaire au régime, accusent les manifestants de juin d'avoir été manipulés par l'étranger et retransmettent ces procès au cours desquels des opposants sont contraints, par les moyens qu'on imagine, de s'accuser des pires crimes. Relevé, hier, par le Financial Times, ce pourcentage a été officiellement démenti - on aurait mal interprétés les propos de M. Zarghami - mais il se dit à Téhéran que le président de la radio télévision aurait en fait voulu minimiser l'ampleur d'un phénomène qui serait plus large encore. Peut-être... Peut-être pas... Aucun moyen de vérifier mais ne serait-ce que 40% d'Iraniens qui se privent du petit écran, de ses feuilletons, de ses films, de ses émissions de variété, dans un pays où les distractions ne sont pas vraiment légion, cela suffit largement, plus que largement, à montrer la profondeur d'une crise. Réduits au silence par la répression, les Iraniens font preuve d'imagination, découvrent la puissance de la non-violence et s'inspirent même des mouvements consuméristes en appelant à boycotter les entreprises qui font de la publicité à la télévision et réussissant, semble-t-il, à les faire réfléchir et même suspendre des campagnes. En trois mois, un de crise et deux de répression, ce régime s'est tellement coupé de la population que le camp conservateur lui-même a complètement explosé. Incarnés, et menés, par le président du Parlement, Ali Larijani, les conservateurs les plus réalistes, ceux qui ne veulent ni que des réformes trop audacieuses puissent emporter la théocratie ni qu'elle ne se suicide en se faisant trop haïr, s'efforcent de se démarquer de Mahmoud Ahmaninejad en le critiquant à tout bout de champ et dénonçant les abus les plus criants de la répression. Ils sont devenus la plus sérieuse des épines dans le pied de ce président si mal élu mais ne sont pas les seuls à lui poser problème. Le conservateurs les plus traditionalistes s'indignent qu'il veuille faire entrer des femmes dans son gouvernement et le Guide suprême lui-même, son protecteur, prend de plus en plus de distances, comme s'il craignait d'être, un jour, emporté par une chute de son protégé. Aucun de ces conservateurs ne veut évidemment la chute du régime mais c'est sa fragilisation qui se lit dans leurs déchirements.

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