La recherche et la pratique du consensus politiques n’ont pas que des avantages. Elles permettent d’aller à l’essentiel, d’écarter les faux débats et d’avancer vers de vraies solutions mais à l’heure du choix, on vient de le voir en Allemagne, les cartes en sont singulièrement brouillées.

Après deux mandats consécutifs, Mme Merkel en brigue un troisième et affrontait dimanche soir, à la télévision, Peer Steinbruck, le social-démocrate qui voudrait lui ravir la chancellerie le 22 septembre prochain. Mme Merkel est une femme, M. Steinbruck est un homme mais, hormis cette différence en l’occurrence secondaire, c’était à se demander si l’Allemagne n’avait pas opté pour le parti unique. Tous deux étaient d’apparence aussi grise que banale et ni l’une ni l’autre ne pouvait vraiment en découdre car Peer avait appartenu au premier gouvernement de coalition d’Angela, une coalition droite-gauche dans laquelle elle lui avait confié le ministère-clé, celui des Finances.

Ni l’une ni l’autre ne pouvait ainsi récuser l’autre sans s’exposer à la question de savoir pourquoi et comment ils avaient alors pu gouverner ensemble. L’intérêt du débat en a beaucoup souffert et cela d’autant plus que la chancelière ne s’est pas privée de louer les réformes du marché du travail que Gerhard Schröder, son prédécesseur social-démocrate, avait initiées avant elle et que son adversaire d’aujourd’hui ne peut pas rejeter puisqu’elles sont l’œuvre de son parti et qu’ils les avaient approuvées.

Peer a donc du se contenter de reprocher à Angela de n’avoir pas utilisé ce redressement de l’économie allemande dû à la social-démocratie pour plus augmenter les salaires et mieux assurer la protection sociale. Ce sont là de profondes aspirations des Allemands mais la chancelière savait que les électeurs lui sont reconnaissants d’avoir assuré depuis huit ans la bonne marche de leur économie et, pour plus de précautions, son programme électoral a largement pillé le programme social de la gauche.

Les conditions d’un pugilat n’étaient pas précisément réunies mais l’étonnant est que ce débat a été très suivi et que les sondages qui l’ont immédiatement arbitré sont extrêmement semblables à ceux qui traquent les intentions de vote. L’un a donné Mme Merkel gagnante à 44% contre 43%, l’autre l’a donnée perdante à 44% contre 49% pour M. Steinbruck alors que l’ensemble des gauches est à 44% contre 45% pour l’addition des droites.

Il y a bel et bien, en Allemagne, deux blocs politiques sensiblement égaux mais chacun a son talon d’Achille. Celui de Mme Merkel est que ses alliés libéraux ne sont pas assurés de franchir la barre des 5% au-dessous de laquelle ils ne seraient pas représentés au Parlement. Celui de M. Steinbruck est qu’il pourrait difficilement gouverner avec Die Linke, la gauche de la gauche sans laquelle les Verts et la social-démocratie ne sont qu’à 34% des voix contre 39% pour la seule démocratie-chrétienne. Toute la question sera donc de savoir à la tête de quelle coalition Mme Merkel sera reconduite. Selon que ce sera avec les libéraux, les Verts ou les sociaux-démocrates, sa politique ne sera pas la même et c’est tout l’enjeu, capital pour l’Europe, de cette si grise et terne campagne.

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