Elle est abjecte, folle, révoltante, oui, bien sûr, mais cette barbarie n’est pour autant pas gratuite. Elle est tout ce qu’il y a de plus réfléchie car, en assassinant un deuxième otage américain et diffusant, hier, les images de sa décapitation, l’Etat islamique poursuit un objectif parfaitement clair.

Il veut s’imposer par là en successeur d’al Qaëda, organisation qu’il juge devenue trop molle depuis l’élimination d’Oussama ben Laden. Pour l’Etat islamique, l’héritage d’al Qaëda est à reprendre et c’est avec la stratégie des attentats contre les tours de New York qu’il s’y emploie aujourd’hui.

Le 11 septembre 2001, Oussama Ben Laden avait voulu humilier les Etats-Unis et tout l’Occident en montrant que la vraie foi pouvait les frapper, victorieusement. Il s’agissait, par là, de défier l’Amérique pour la pousser à agir trop vite et sans discernement, de la rendre folle et, dans le même temps, de se constituer une armée de volontaires en frappant les imaginations de jeunes musulmans en quête, pour les plus pauvres, d’une revanche sociale et, pour les autres, d’une revanche historique sur les siècles de primauté occidentale et d’effacement de l’islam. Ces deux objectifs, ce sont aujourd’hui ceux de l’Etat islamique, une création du régime syrien qui avait cru habile de contrer l’insurrection démocratique à laquelle il était confronté en vidant les prisons des islamistes les plus fous pour qu’ils constituent leurs propres maquis et que Bachar al-Assad puisse dire que c’était lui ou ces gens-là. Le régime syrien a donc réservé toute sa violence aux démocrates, laissé grandir l’Etat islamique sans jamais le contrer et cette organisation a naturellement fini par lui échapper.

Renforcé par les aides que les Saoudiens ont eu la stupidité de lui apporter dans l’espoir de renverser Bachar al-Assad, un allié de leurs ennemis iraniens, l’Etat islamique s’est désormais déployé en Irak avec pour ambition de créer, à cheval sur ces deux pays, un nouvel Etat sunnite échappant au contrôle des autorités chiites des capitales syrienne et irakienne.

Grâce au pillage des banques et des arsenaux irakiens, l’Etat islamique est devenu richissime et surarmé. Il bénéficie de l’appui des sunnites irakiens qui ne sont nullement jihadistes mais veulent échapper à la domination chiite. Comme al Qaëda dans les années 2000, cette organisation est en pleine ascension mais, comme al Qaëda à l’époque, il lui faut pousser les Occidentaux à la faute et, surtout, recruter pour grossir ses rangs sur le terrain et organiser des attentats en Occident afin, comme al Qaëda l’espérait, de susciter une guerre entre l’islam et la chrétienté. C’est à cela que vise cette barbarie mais, le piège étant clair, mieux vaudrait ne pas y tomber. Il faut naturellement stopper la progression de ces illuminés. Il faut le faire au plus vite et par le force mais les bombes n’y suffiront pas. Il faudra aussi détacher les sunnites irakiens de l’Etat islamique et l’on n’y parviendra pas, c’est en fait, sans accepter qu’ils ne redessinent les frontières irakiennes et syriennes, toute la carte du Proche-Orient.

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