Comment répondre au défi de l’extrême-droite apparu dans l’Est de l’Allemagne, avec des manifestations anti-migrants qui polarisent la société allemande ?

Le 27 août à Chemnitz, des manifestants d'extrême droite descendent dans la rue après le meurtre d'un homme pour lequel deux migrants ont été arrêtés.
Le 27 août à Chemnitz, des manifestants d'extrême droite descendent dans la rue après le meurtre d'un homme pour lequel deux migrants ont été arrêtés. © AFP / Odd ANDERSEN / AFP

Des bras tendus et des slogans nationalistes dans les rues d’une ville allemande, ce n’est jamais anodin. Mais ce qui se passe depuis huit jours dans la ville de Chemnitz, dans l’Est de l’Allemagne, depuis le meurtre d’un homme pour lequel deux migrants ont été arrêtés, dépasse le folklore nauséabond de quelques nostalgiques du 3ème Reich comme cette région a pu en connaître par le passé.

A Chemnitz, plusieurs milliers de personnes sont descendues dans la rue, il y a eu des chasses à l’homme contre des migrants, des forces de police débordées et minées de l’intérieur, des affrontements avec des contre-manifestants. Mais, surtout, il y a eu la réunion de toutes les tendances de l’extrême droite allemande autour du rejet de la politique migratoire de la Chancelière Angela Merkel, y compris l’Alternative für Deutschland, l’AFD, qui a fait une entrée en force au Parlement allemand l’an dernier

Une digue a bel et bien sauté ces derniers jours à Chemnitz, et ces formations d’extrême droite radicalisent leur discours. Elles sont encouragées par les sondages qui leur donnent un poids croissant, comme le montreront sans doute des élections régionales importantes en Bavière le mois prochain, mettant la pression sur la CSU bavaroise, le partenaire d’Angela Merkel au gouvernement.

Cette poussée de fièvre vient une nouvelle fois bousculer des idées reçues. L’Allemagne a certes accueilli un nombre record de migrants en 2015 -un million-, mais ces chiffres ont considérablement diminué depuis ; le pays n’est ni en difficulté économique, ni plongé dans l’insécurité. Et pourtant, la société allemande est aujourd’hui polarisée autour de l’accueil de cette immigration extra-européenne, au point de faire sauter des tabous historiques.

Le phénomène ne touche évidemment pas que l’Allemagne. Après l’Italie, en mars, qui a donné naissance à un gouvernement nationaliste-populiste, la Suède va vivre dimanche prochain des élections législatives qui, si l’on en croit les sondages, devraient voir une forte progression des Démocrates de Suède, le parti d’extrême-droite. Or la Suède est le pays qui, avec l’Allemagne, a accueilli le plus de migrants en 2015, plus que n’importe quel pays européen en proportion. Là encore, le chômage est au plus bas, la croissance reste forte, et l’insécurité stable.

Le malaise identitaire dont la crise migratoire est sans doute plus le révélateur que la cause, doit être traité comme tel. La résurgence d’idéologies qui ont semé la haine et la guerre par le passé provoque des mobilisations en retour. Un appel à réunir 5 millions d’Européens à Berlin le 12 octobre pour s’opposer à l’extrême droite a été lancé. 

Mais c’est sans doute insuffisant si on ne cherche pas à comprendre, et à répondre, aux peurs identitaires ou aux sentiments d’inégalité qui ont poussé des pans entiers de nos sociétés, presque partout en Europe, à céder aux sirènes des extrêmes ; des hommes et des femmes qui ne sont plus sûrs de leur place dans la Cité, au point de voir l’autre comme une menace. Le message de Chemnitz est aussi le signe d’un échec politiqueour

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