Le premier tour de la Présidentielle tunisienne anticipée aura lieu le 15 septembre, avec 26 candidats en lice. Le clivage habituel modernistes-islamistes est brouillé par l’irruption de candidats populistes dont le favori est actuellement en prison.

Le premier ministre sortant, Youssef Chahed, lors du lancement de sa campagne électorale le 2 septembre à Tunis.
Le premier ministre sortant, Youssef Chahed, lors du lancement de sa campagne électorale le 2 septembre à Tunis. © AFP / Yassine Gaidi / ANADOLU AGENCY

Quelle est la dernière fois qu’une élection présidentielle s’est déroulée dans un pays arabe sans qu’on connaisse par avance le nom du vainqueur ? C’est suffisamment rare pour être remarqué, et cette incertitude est le signe sûr que le processus démocratique reste ouvert en Tunisie, seul survivant des révolutions arabes de 2011.

Ce scrutin a été avancé au 15 septembre à la suite du décès cet été du Président Béji Caïd Essebsi, quelques mois avant la fin de son mandat. Il était le premier chef d’État élu au titre de la nouvelle Constitution de 2014, et le mécanisme de succession a parfaitement fonctionné.

Pour autant, la campagne qui a démarré hier pour le premier tour, montre que tout ne va pas pour le mieux dans la jeune démocratie tunisienne. Ce scrutin risque fort d’être marqué par le désenchantement des Tunisiens vis-à-vis de leur révolution, qui, si elle leur a apporté la liberté, n’a pas encore réussi à transformer le pays.

Les problèmes sont de plusieurs ordres. D’abord la fragmentation, avec 26 candidats retenus par l’Instance électorale indépendante (ISIE). Chaque famille politique est divisée, à commencer par celle qu’on appelle « moderniste » ou « séculariste », dans laquelle figurent le premier ministre sortant, Youssef Chahed, mais aussi son ex-ministre de la Défense, Abdelkrim Zbidi. C’est aussi le cas des islamistes et de la gauche. Les batailles de personnalités l’emportent sur les différences de programme.

Mais surtout, c’est l’apparition de candidats qualifiés de « populistes » qui pourrait créer la surprise. Et le premier d’entre eux, Nabil Karoui, favori des sondages, a l’étrange particularité d’être actuellement … en prison.

Nabil Karoui est le patron d’une chaîne de télévision, Nessma TV, dans laquelle Silvio Berlusconi a des parts, au point qu’on le surnomme le « Berlusconi tunisien ». Il a été arrêté le 23 août dernier sous l’accusation de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale. 

En attendant de savoir s'il sera libéré avant le jour du vote, de nombreux observateurs considèrent que cette incarcération lui donne une aura de martyr et pourrait l’aider malgré les forts soupçons à son égard.

Paradoxalement, le clivage dominant depuis la révolution, pour ou contre les islamistes, a reculé avec ces candidats hors système. Au point que certains électeurs laïques se demandent ce qu’ils feront en cas de second tour opposant Nabil Karoui et le candidat du parti islamiste Ennahdha, Abdelfattah Mourou, un des scénarios possibles. L’enjeu est important car si le président a des pouvoirs limités, l’issue de la présidentielle pèsera sur les législatives prévues le 6 octobre.

Ces dilemmes sont le signe de la déception des électeurs avec la classe politique qui n’a pas réussi à résoudre les enjeux économiques et sociaux. Au point qu’il y a même une candidate -l'une des rares femmes de la campagne- qui se réclame de l’ex-dictateur Ben Ali, et compte des partisans. 

Les électeurs auront droit à une nouveauté pour se faire une opinion, trois débats télévisés entre les candidats, une première en Tunisie ; les optimistes y verront un signe de vitalité démocratique, malgré toutes les difficultés du pays.

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