Pour la Chine, les Tchèques ont franchi une ligne rouge, une nervosité chinoise dans un contexte international tendu, mais aussi par rapport à l’enjeu de Taiwan sur lequel aucun compromis n’est possible. Une situation périlleuse.

Le Président du Sénat tchèque, Milos Vystrcil, a été reçu le 1er septembre au Parlement démocratique taiwanais à Taipei, une transgression majeure pour Pékin qui considère que l’île lui appartient.
Le Président du Sénat tchèque, Milos Vystrcil, a été reçu le 1er septembre au Parlement démocratique taiwanais à Taipei, une transgression majeure pour Pékin qui considère que l’île lui appartient. © AFP / Sam Yeh / AFP

S’il y a une « ligne rouge » dans la politique chinoise, c’est le statut de Taiwan, cette île séparée de la Chine depuis plus de soixante-dix ans, et dont Pékin réclame le « retour », de gré ou de force. Dernière victime de la colère chinoise pour avoir transgressé cette « ligne rouge » : la République tchèque, dont le Président du Sénat vient d’effectuer une visite très politique à Taipei.

Alors que le ministre chinois des Affaires étrangères était visite en Europe de l’Ouest, offensive de charme destinée à contenir les critiques contre Pékin, il en allait autrement pour la République tchèque. Pékin menace de « faire payer » les Tchèques de cette entorse au principe de la Chine unique, et a déclenché une violente campagne de presse contre ce pays-membre de l’Union européenne.

Ces menaces sont à prendre au sérieux, car Pékin procède régulièrement à des représailles contre les pays qui lui déplaisent. Le Canada en fait les frais depuis l’arrestation et la procédure d’extradition aux États-Unis de la dirigeante de la société Huawei : deux Canadiens dont un chercheur du think-tank Crisis Group, sont détenus arbitrairement depuis 632 jours, véritables otages pour faire pression. 

Il y a évidemment un contexte défavorable qui explique cette nervosité chinoise, avec la véritable guerre froide déclenchée par Donald Trump contre le pouvoir chinois : Pékin est sur la défensive sur tous les plans.

Mais il y a une dimension particulière avec Taiwan, grande cause nationale pour le parti communiste chinois dans le cadre du retour de la « grande Chine ». Hong Kong et Macao sont revenus dans le giron de la « mère patrie » dans les années 90, reste Taiwan, seul territoire chinois encore égaré. Le compromis n’est pas possible.

Ces dernières années, Pékin tentait de séduire les Taiwanais en leur promettant un statut d’autonomie similaire à celui de Hong Kong, « un pays deux systèmes ». La révolte de la jeunesse hongkongaise et la reprise en mains chinoise dans l’ancienne colonie britannique ont ruiné ces efforts, et les Taiwanais, qui disposent d’un système démocratique bien vivant, sont bien peu nombreux aujourd’hui à souhaiter cette « réunification ».

Le risque est que la Chine utilise la force si la voie pacifique est bloquée, et surtout, si les Taiwanais affirment trop leurs velléités d’indépendance. 

C’est pour cette raison que Pékin réagit si vivement aux visites politiques à Taiwan, qui rompent l’isolement diplomatique de l’île que cherche à durcir la Chine. Taiwan est ainsi écarté de l’Organisation mondiale de la Santé, malgré la pandémie, pour des raisons strictement politiques.

Cette question pose un dilemme aux Occidentaux. Les grandes puissances respectent globalement leur engagement à ne reconnaître qu’une seule Chine, même Donald Trump n’est pas allé très loin dans les transgressions. Mais ils ne peuvent tolérer que cette démocratie asiatique de 23 millions d'habitants puisse être avalée par la force par Pékin. Le potentiel de conflit est donc immense.

Pour l’heure, les Européens seraient bien avisés d’afficher leur soutien à l’un de leurs membres si la menace chinoise de faire payer la République tchèque devenait réalité. Dans le cadre de la révision de la politique chinoise de l’UE, ça parait la moindre des choses, même si ça déplaira forcément à Pékin.

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