Direction le Brésil ce matin, où le président Michel Temer échappe à une procès pour corruption...

Il y a donc ce matin, non pas un mais deux Brésiliens heureux et les deux, cernés d'affaires de gros sous : le premier, s'appelle Neymar, évidemment et est enfermé en ce moment même dans un palace parisien, à l'abri de la foule.

Le second est le président brésilien, Michel Temer, enfermé lui-aussi dans un palace, mais officiel cette fois et en plein coeur de la capitale brésilienne, Brasilia. Lui-aussi doit se protéger de la foule. La différence c'est qu'au Brésil, la foule est hostile.

Et si Michel Temer est un homme heureux, c'est qu'il vient presque d'échapper à un procès en corruption qui aurait immanquablement signé sa destitution. Est-ce parce que la justice a été rendue et qu'il a été blanchi qu'il est aujourd'hui libre ?

Pas du tout ! Tout le monde sait au Brésil que son parti, le PMPB, est une machine à cash au service des grosses entreprises brésiliennes et de ses élus qui encaissent. Mieux encore, le juge disposait de plusieurs enregistrements pour étayer ses accusations.

Pas des « on m'a dit que », « j'ai entendu dire que » ou « on m'a rapporté que »... Non ! Des enregistrements effectués au palais présidentiels entre le président Temer et un industriel où ce dernier décortiquait sa stratégie pour faire obstruction à la justice !

Mais comment dans ces conditions a-t-il pu échapper à un procès ?

D'bord, parce que pour traîner devant la justice un président brésilien, il faut l'autorisation du Parlement... Qui s'y est évidemment opposé. D'où les scènes de pugilat auxquelles ont a pu assister il y a à peine deux jours.

Il fallait 172 députés pour empêcher ce procès : Michel Temer en a obtenu haut la main 263. Exit donc le procès en corruption d'un président vraiment corrompu. En fait, c'est tout le système politique brésilien qui essaie en ce moment de sauver sa peau.

Un tiers des législateurs est sous le coup d'une enquête de corruption ou est déjà mis en examen. Six ministres du gouvernement de Michel Temer ont dû démissionner pour les mêmes raisons et la justice enquête sur un total de 2 milliards d'euros de pot-de-vins.

Et de toutes façons, même si Michel Temer avait dû s'effacer, c'est au Parlement qu'il serait revenu de désigner son successeur. Un président qui de toutes façons n'a jamais les moyens de gouverner seul : il doit former des coalitions baroques.

Le Brésil est-il ingouvernable ?

Pas tout à fait : le problème du système politique brésilien, c'est sa loi électorale : elle favorise un émiettement partisan et oblige un président ou une présidente a d'infinies palabres pour faire passer une loi.

Il y a 39 paris représentés et tous sont quasi ouvertement achetables. Prenez la loi sur la réforme du marché du travail : un tiers des amendements ont été rédigées par les fédérations brésiliennes de l'industrie, de la finance, des transports, du commerce.

Le président de l'Assemblée, Rodrigo Maia, est même accusé d'avoir vendu ses services au plus offrant en échange de la modification des règles d'attribution des concessions aéroportuaires. Ce n'est plus une assemblée, c'est un conseil d'administration !

Enfin, je voulais tout de même rappeler que Dilma Rousseff, la présidente de gauche destituée par ce même parlement, n'a jamais été, elle, accusée ni même soupçonnée de corruption. Elle a été écartée pour une improbable faute comptable

Elle, comme Lula, ont été victime d'une sorte de révolte des élites industrielles, financières et politiques qui en ont assez de redistribuer aux plus pauvres et veulent retourner à la politique brésilienne traditionnelle : à leur unique et profitable service.

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