L'ex-roi d'Espagne Juan Carlos 1er a fui la justice de son pays pour une destination (encore) inconnue deux jours après son départ. Quelle humiliation pour 47 millions d'Espagnols.

47 millions d'Espagnols ne savent toujours pas la destination finale de leur ancien chef d'Etat, Juan Carlos, qui a quitté l'Espagne
47 millions d'Espagnols ne savent toujours pas la destination finale de leur ancien chef d'Etat, Juan Carlos, qui a quitté l'Espagne © AFP / Jaime Reina

L'ancien roi d'Espagne Juan Carlos a quitté l'Espagne. Celui qui a régné pendant presque 40 années sur la quatrième économie de l'Union européenne, jusqu'en 2014, a pris la poudre d'escampette dimanche en laissant derrière lui une simple lettre à son roi de fils, Philippe VI.

Pas une lettre à son peuple, ni à la justice de son pays. Non, une lettre à son suzerain et fils, le seul à qui visiblement il estime devoir rendre des comptes. Du féodalisme pur et dur en plein XXIe siècle !

Le comble étant que 47 millions d'Espagnols ne savent toujours pas la destination finale de leur ancien chef d'Etat. On murmure les Caraïbes ou le Portugal. Le jour même, on apprenait que l'économie espagnole s'était effondrée de presque 19% au second trimestre.

Un départ ou une fuite ?

C'est un Bourbon, donc c'est la fuite à Varennes ! Juan Carlos 1er, descendant direct de Louis XIV, comme son cousin Louis XVI, fuit devant l'adversité : des enquêtes pour prise illégale d'intérêts et fraude fiscale sont ouvertes en Suisse et en Espagne.

Pour les Espagnols c'est l'histoire qui se répète jusqu'à la caricature ! En deux siècles, les Bourbons d'Espagne ont perdu quatre fois leur couronne, dont le père de Juan Carlos, Don Juan, et son grand-père Alfonse XIII, accusé en plus de haute-trahison par le Parlement.

Aujourd'hui, le roi Philippe VI est seul, j'allais presque dire nu : son père en exil, son beau-frère en prison pour corruption, sa sœur, l'infante Cristina, dépouillée de son titre de duchesse et les instituts de sondages s'abstiennent pudiquement de mesurer l'impopularité de la monarchie.

Un vieux monsieur qui n'avait plus de fonctions officielles ? Pas vraiment !

C'est là qu'il faut bien connaitre l'histoire de notre voisin : Juan Carlos est le roi d'une restauration décidée par Franco. Les Espagnols n'ont jamais pu choisir, au sortir de la dictature, entre monarchie ou république – comme les Grecs ou les Italiens.

Ils ont été placés devant le fait accompli : la démocratie, certes mais sous la forme d'une monarchie constitutionnelle. Circulez, il n'y a plus rien à voir. Par ailleurs, le roi d'Espagne a beaucoup plus de pouvoirs que les autres monarques européens. Il est, par exemple, véritablement chef des armées.

C'est d'ailleurs grâce à cela qu'il a pu arrêter un coup d'Etat d'opérette en 1981 en ordonnant à ses généraux de rester dans leurs casernes. Par ailleurs, Juan Carlos a, certes, abdiqué en 2014, mais il a longtemps conservé un rôle public.

Haute trahison

Il y a encore un an, Juan Carlos représentait l'Espagne à l'étranger ; il y encore cinq mois, il coûtait 200 000 € par an au contribuable espagnol ; encore hier, il vivait au palais royal.

Or au fur et à mesure des révélations, qui vont du plus ridicule (une maîtresse en colère) au plus grave (à savoir de l'argent planqué dans des paradis fiscaux), son fils a dû le mettre à la retraite d'office et lui enlever son traitement de roi émérite.

Mais en s'exilant, après des semaines de négociations entre un pouvoir élu et la Maison Royale, Juan Carlos a obtenu de conserver son titre de roi : même exilé fiscal et fugitif, il faudra encore l'appeler Votre Majesté. Quelle humiliation pour tous les Espagnols, alors que ce qu'il vient de faire pourrait même être qualifié de haute trahison.

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