Chacun y met du sien. Les dégâts sont si grands, dans le monde arabe, en Europe, à l’Onu, qu’Américains, Russes et Européens se sont tous efforcés, hier, de calmer le jeu malgré la persistance de leurs divergences. Tandis que les troupes américaines se rapprochaient via l’aéroport de la capitale irakienne, Colin Powell a ainsi passé sa journée à Bruxelles à amadouer les Européens. Sur le fond, l’Amérique ne cède rien. Face aux pays de l’Union, unanimes à souhaiter que ce soit l’Onu qui organise l’après-guerre en Irak, le secrétaire d’Etat a estimé, lui, qu’il y aurait « sûrement un rôle pour les Nations-Unies » mais que « la coalition [autrement dit l’Amérique] devait garder le rôle principal pour déterminer la voie à suivre ». Le désaccord est clair, formulé, mais par sa seule présence à Bruxelles, par la vingtaine de rendez-vous, interviews et entretiens, qu’il y avait pris, Colin Powell a manifesté une volonté de reprendre l’Europe en compte, d’écouter, d’expliquer, dialoguer, de ne pas laisser, en un mot, les ponts se rompre, si endommagés qu’ils soient. Tout l’y poussait, ses convictions personnelles comme le besoin qu’aura Washington de trouver des appuis internationaux, politiques et financiers, pour reconstruire l’Irak. La nécessité imposait un changement de ton américain. Le bras de fer a donc cédé la place au débat et les Français ont tenu à le souligner en retour, parlant d’« entretiens amicaux, francs et tournés vers l’avenir », autrement dit d’une nouvelle page qu’il faudra bien, malgré les difficultés, chercher à écrire ensemble. Devant son Parlement, le chancelier allemand a fait entendre la même musique en rappelant que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis étaient « des partenaires d’alliance et des nations amies ». Le secrétaire-général du parti social-démocrate, le parti de Gerhard Schröder, a été encore plus net en souhaitant une « rapide victoire américaine » et Vladimir Poutine n’a pas été en reste. « La Russie n’a pas intérêt à un échec des Etats-Unis en Irak », a-t-il déclaré, tandis que son ministre des Affaires étrangères, attendu aujourd’hui à Paris pour un déjeuner avec Dominique de Villepin et Joschka Fischer, ajoutait que la Russie était « prête à un dialogue constructif » avec Washington et Londres. C’est effectivement souhaitable. Pour tous et pour chacun, pour les Etats-Unis comme pour les trois pays qui avaient mené la bataille contre cette guerre, une réconciliation s’impose pour tenter de canaliser une crise qui s’amplifie mais est-ce possible ? Est-il possible de réparer les pots cassés en retrouvant un terrain d’entente ? Le paradoxe est que ce sera d’autant moins difficile que les Etats-Unis en auront besoin et qu’ils n’en auront vraiment besoin que si la guerre dure et que la bataille de Bagdad tourne, par sa violence, au fiasco politique. C’est tout le drame de la situation. Si les Etats-Unis s’embourbent, c’est l’aventure pour tout le monde, une aventure que Moscou, Paris et Berlin redoutent. Si l’Amérique a finalement raison de Saddam dans un délai raisonnable, elle ne sera en revanche gère prête à composer. En attendant, l’heure est aux courtoisies.

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