Ce n’est déjà plus le temps des hommages, pourtant si mérités. Bientôt un conclave devra donner un successeur à Jean-Paul II, un chef spirituel au milliard de catholiques des cinq continents, à cette Eglise qui ne serait-ce qu’ en nombre, reste la première du monde. Ce sont les 117 cardinaux âgés de moins de 80 ans qui voteront mais ce n’est pas seulement pour les catholiques que leur choix est capital. La personnalité du futur Pape, ses priorités, sa nationalité, son âge, c’est-à-dire la durée de son mandat, compteront pour l’humanité entière car la voix du souverain pontife s’entend partout et qu’en nommant les évêques, il infléchit le cours des églises nationales et pèse, spirituellement, culturellement, politiquement, sur l’évolution d’un grand nombre de pays et, partant, des continents. Trois exemples. Imaginons que le choix des cardinaux se porte sur un Africain. Ce serait possible car il y a des candidats de qualité, au moins un, le Nigérian Francis Arinze, que le catholicisme progresse en Afrique et qu’il y est confronté à une vive concurrence de l’Islam, à un défi que le conclave pourrait vouloir relever. Si c’était le cas, ce n’est pas seulement que le catholicisme se donnerait le premier pape noir de l’Histoire, ce qui ne serait déjà pas indifférent. C’est aussi que ce continent de tous les malheurs et de tous les dangers, de la misère, des guerres et des épidémies, se trouverait un puissant avocat avec lequel l’indifférence des nantis devrait enfin compter. Imaginons maintenant que le vote du conclave se porte sur un latino-américain. Ce serait, pour le coup, non seulement possible mais pas improbable car l’Amérique latine constitue, de très loin, le plus gros des bataillons catholiques. C’est tous les rapports entre les deux Amérique qui en seraient modifiés, leur rapport de forces, et les répercussions d’un tel choix seraient considérables aux Etats-Unis mêmes car la part des Hispaniques dans la population y est en progression constante, que leur vote y est de plus en plus décisif à chaque présidentielle, que le catholicisme pourrait y devenir, à travers eux, majoritaire sous quelques petites décennies et profondément changer, de l’intérieur, la première puissance du monde. Imaginons enfin, l’hypothèse est plausible, que les cardinaux élisent un Allemand, ou un Autrichien, et c’est tout le centre de gravité de l’Europe qui en serait infléchi, comme il l’est déjà depuis la chute du Mur de Berlin. On pourrait multiplier les exemples mais, même en admettant, ce qui ne serait pas surprenant, que le conclave souhaite laisser souffler l’Eglise après vingt-sept années d’innovation et se replie provisoirement sur la tradition des papes italiens, les cardinaux se trouveront, de toute façon, devant un choix de fond. Voudront-ils creuser le premier des sillons de Jean-Paul II, la restauration de l’autorité papale et la réaffirmation identitaire dans l’intransigeance doctrinale ? Ou décideront-ils de mettre l’accent sur le second legs de Karol Wojtila, la bataille qu’il avait lancée, dès avant l’écroulement soviétique, contre le capitalisme sauvage, contre cette loi de la jungle qui contredit tout l’enseignement de l’Eglise ? Tout est ouvert. Ce conclave sera très politique.

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