En politique étrangère, une décision ne se juge pas en elle-même. Elle n’est bonne, ou mauvaise, qu’à l’aune de l’objectif qu’elle vise et des possibilités d’y parvenir, du pourquoi elle est prise, et c’est tout le problème posé par les choix que Nicolas Sarkozy vient de confirmer à Bucarest, au sommet de l’Otan. La France enverra sept cents hommes en renfort en Afghanistan. Ils seront engagés à l’est du pays, dans des zones de combats. La France entre en guerre en Afghanistan. Elle y subira des pertes. C’est un tournant de première importance et si la France ne le prend qu’au nom d’évidences incontestables, de truismes, parce qu’on ne peut pas laisser les Taliban reprendre le pouvoir à Kaboul et redonner une base territoriale à al Qaëda, cette décision sera dangereuse. Elle sera, surtout, naïve car, à l’heure qu’il est, cette guerre est en passe d’être perdue pour la simple raison que les Afghans ne voient pas ce que l’intervention de l’Otan leur a rapporté, ni plus de sécurité, ni plus de stabilité, ni plus de bien-être. Le seul moyen d’inverser la tendance, serait d’offrir une perspective de paix et de développement à ce pays, de fixer des objectifs politiques à cette guerre, et c’est là que la décision de Nicolas Sarkozy, aussi justifiable qu’elle soit dans l’abstrait, pose problème car ni lui ni les Américains n'ont proposé, à ce sommet de l’Otan, de stratégie alternative à une stratégie qui a échoué. Les Britanniques, par exemple, leurs services secrets en tout cas, considèrent qu’il faudrait éloigner les Taliban d’al Qaëda en leur ouvrant la perspective d’une participation à un gouvernement d’union. C’est une piste. Elle est digne d’examen mais malaise il y a en France, inquiétude même, une inquiétude ressentie par une majorité de Français, car on ne sait pas ce à quoi le Président de la République aspire à contribuer avec ces sept cents hommes. Vis-à-vis de l’Otan, Nicolas Sarkozy a tout aussi raison de considérer qu’il y aurait tout lieu d’échanger un retour de la France dans le commandement intégré de l’organisation militaire de l’Alliance atlantique contre une levée du veto américain à la constitution d’une Europe de la Défense. Sur le papier, c’est d’autant plus juste que Georges Bush a semblé accepter ce deal à Bucarest en y déclarant que « l’Union européenne devait être un acteur important sur la scène mondiale, y compris en matière de sécurité ». Parfait. On ne saurait mieux dire mais cela signifie-t-il que la Maison-Blanche accepterait vraiment que l’Alliance atlantique devienne une alliance d’égaux, l’Amérique et l’Europe ? Que l’Europe s’affirme en puissance politique et non plus seulement économique ? Non. On en est loin, très loin, et ce qui pourrait, théoriquement, sembler extrêmement séduisant risque d’aboutir à un marché de dupes – à un simple alignement sur les Etats-Unis auquel la France n’aurait rien à gagner et pas mal à perdre. Comme sur l’Afghanistan, la question se résume à un mot : pourquoi ?

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