Inexistants hier, les droits des femmes ont légèrement progressé. L’une d’elles est même devenue commissaire de police, d’autres sont députées. Dans ce pays appelé, demain, à élire un nouveau président, ce n’est pas, tant s’en faut, l’égalité des sexes puisque la femme y demeure un citoyen de second zone mais un petit vent de modernité a pourtant soufflé sur l’Afghanistan depuis que des troupes de l’Otan y sont intervenues, il y a treize ans, pour renverser les taliban après les attentats du 11 septembre.

Les villes se sont développées et, avec elles, de nouvelles classes moyennes urbaines, jeunes et dynamiques. En 2004 puis en 2009, deux élections présidentielles s’y sont déjà déroulées et même si, d’un scrutin à l’autre, la participation a fortement baissé tandis que la fraude augmentait, ce sont les votes qui rythment désormais un début de vie politique marquant un tel progrès qu’une écrasante majorité d’Afghans, les quatre cinquièmes de la population, fait plus confiance aux institutions qu’aux taliban.

On ne peut pas dire que rien n’ait changé. On ne peut dire que les milliards de dollars déversés sur ce pays et le sacrifice de tant de soldats étrangers qui y ont laissé leur vie aient été totalement vains mais on ne peut pas non plus dire que cette intervention, accueillie avec tant d’espoir par les Afghans, ait été un succès.

Elle ne l’est pas car elle était à peine lancée que les Etats-Unis détournaient vers l’Irak les moyens et les troupes qu’ils auraient dû consacrer à l’Afghanistan. Les taliban en ont profité pour reconquérir des zones entières et frapper jusqu’en plein cœur de Kabul. La corruption et le détournement des aides internationales sont devenues et restent endémiques. Plus développée que jamais, la culture du pavot a donné naissance à de puissants gangs de narcotrafiquants bénéficiant d’appuis politiques et inondant le monde à travers l’Iran. Aussi réels que soient les progrès, ils sont très relatifs et bien fragiles et l’Afghanistan, à huit mois du retrait des troupes étrangères, demeure la proie des rivalités entre ses voisins – l’Iran qui n’y pèse pas rien, l’Inde qui y marque des points économiques et politiques et le Pakistan, surtout, qui continue de considérer ce pays comme son arrière-cour et manipule les taliban qu’il arme et finance pour que rien ne puisse se décider sans lui à Kabul.

Pauvre et divisé, ce pays risque fort de renouer avec le chaos sitôt qu’il sera laissé à lui-même mais tout le monde veut en partir -trop cher, trop usant, trop meurtrier- et le président sortant, Hamid Karzaï, a même refusé signer avant son retrait l’accord qui permettrait aux Etats-Unis de conserver 10 000 soldats sur place. Intronisé par les Américains, cet homme en est venu à les haïr car il ne supporte plus que Washington ménage le Pakistan et fasse la loi à Kabul.

Le temps que les urnes des régions montagneuses arrivent à dos d’âne jusqu’à la capitale, six semaines seront nécessaires pour connaître le résultat du premier tour. S’il y en a un second, la transition durera jusqu’à l’été. Le pire n’est pas certain mais l’Afghanistan, non, n’est pas tiré d’affaire et la stabilité de l’Asie du sud-ouest dépendra de la sienne.

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