Où l'on voit l'Amérique renouer avec le soutien aux dictateurs proche-orientaux.

Barack Obama n’avait jamais voulu le recevoir. Donald Trump l’a, au contraire, accueilli hier à la Maison-Blanche en ne ménageant pas ses compliments à ce « grand ami et grand allié ».

A entendre ce que le président américain a dit du chef de l’Etat égyptien, le maréchal Sissi aurait « accompli un travail fantastique » depuis son accession au pouvoir en juillet 2013 et c’est pour cela que les Etats-Unis, a ajouté Donald Trump, sont « totalement derrière lui ».

Alors entrons dans le détail de cette œuvre immense.

Après avoir renversé Mohammed Morsi, le président élu dans la foulée des révolutions arabes, ce général qui ne s’était pas encore promu maréchal a procédé à quelques 40 000 arrestations politiques. Cinq cents disparitions forcées ont été recensées ces douze derniers mois. Cinq cents trente-huit condamnations à mort ont été prononcées en 2015. Mille quatre cents manifestants ont été tués dans l’année qui a suivi le coup d’Etat et le recours à la torture s’est généralisé.

Il va sans dire que la presse est muselée et tout cela pour quoi ?

Parce que ce militaire a voulu rétablir et accroître le prééminence de l’armée en profitant de l’extrême impopularité qu’une totale incapacité à conduire l’Egypte avait valu à Mohammed Morsi, son prédécesseur, un membre non pas de Daesh mais des Frères musulmans qui croupit aujourd’hui en prison.

Sans ce coup d’Etat, Mohammed Morsi serait tombé comme un fruit mûr. Un démocrate lui aurait succédé par les urnes et l’Egypte, le plus peuplé et le plus essentiel des pays arabes, vivrait maintenant en démocratie mais c’est évidemment ce que le maréchal Sissi voulait éviter à tout prix.

La première raison pour laquelle Donald trump l'a si chaleureusement reçu est qu’il n’est nullement choqué par la torture dont il aurait lui-même rétabli l’usage si l’armée américaine ne s’y était pas opposée. Serrer la main d’un tortionnaire ne gêne pas ce président qui considère, en second lieu, que la meilleure manière de lutter contre le terrorisme djihadiste serait de soutenir les dictateurs arabes.

Il n’est pas le seul. De Vladimir Poutine aux extrêmes droites européennes en passant par des figures politiques et des essayistes beaucoup plus modérés, bien des gens le pensent aussi, même à regrets et sans le dire. C’est le nombre et la barbarie des attentats terroristes comme celui d’hier à Moscou qui a renforcé cette idée mais elle est tragiquement fausse car l’essor de la violence islamiste tient avant tout au fait que les peuples arabes étaient impuissants à se débarrasser de leurs autocrates soutenus par les Occidentaux ou l’URSS et que les islamistes pouvaient ainsi prêcher que l’islam était la solution et la démocratie une tromperie.

Dès les années 90, les Etats-Unis avaient fini par le comprendre et résolu de soutenir les aspirations démocratiques dans les pays arabes, fût-ce au prix de l’élection d’islamistes alors confrontés, comme Mohammed Morsi l’a été, à leur incapacité à gouverner. C’est pour cela que Barack Obama refusait de recevoir le général Sissi mais cette intelligence n’est plus de mise.

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