Au moment où l’Otan célèbre ses 70 ans, deux de ses principaux membres sont en crise ouverte qui menace l’alliance. En cause, l’achat par Ankara d’un système de défense anti-aérienne russe.

Le Président Donald Trump devant un avion de combat F-35 exposé sur la pelouse de la Maison Blanche, le 23 juillet 2018.
Le Président Donald Trump devant un avion de combat F-35 exposé sur la pelouse de la Maison Blanche, le 23 juillet 2018. © AFP / Brendan Smialowski / AFP

Les États-Unis et la Turquie sont tous deux membres de l’Otan, et la crise qui les divise actuellement a le potentiel de secouer l’alliance militaire occidentale. Un mauvais symbole au moment où elle célèbre, aujourd’hui même, le 70ème anniversaire de sa naissance, au début de la guerre froide.

Les États-Unis ont déclenché cette semaine la première étape vers le blocage de la livraison à la Turquie de 120 avions de combat de nouvelle génération F-35, et menacé de geler la participation de la Turquie à la production de composants pour cet avion, un contrat de plusieurs milliards de dollars. La Turquie est pourtant associée au développement de ce nouvel avion, et a déboursé 1 milliard de dollars.

En cause : la décision du président turc Recep Tayyip Erdogan d’acheter le système de défense anti-aérienne russe S-400. Pour Washington, il y a incompatibilité, il faut choisir, pour des raisons de sécurité, et sans doute aussi, de loyauté.

Donald Trump a tenté de convaincre Erdogan de revenir sur sa décision, il lui a fait une contre-proposition de missiles Patriot américains - sans succès.

La crise de confiance entre Washington et Ankara est bien plus profonde. Les sujets d’irritation ne manquent pas, à commencer par la présence aux États-Unis du leader islamique turc Fetullah Gülen, autrefois proche d’Erdogan, accusé d’être derrière la tentative de coup d’État de 2016. Erdogan espérait que Donald Trump le lui « livre », mais ce n’est pas si simple.

Autre point d’achoppement, le sort des Kurdes de Syrie, qui ont été les alliés des Américains dans la lutte contre Daech, y compris ces derniers jours. Trump avait décidé tout seul de retirer ses troupes de Syrie, abandonnant les kurdes face aux Turcs qui les considèrent comme des terroristes. Finalement, le président américain a été convaincu par ses militaires de laisser des forces, s’opposant donc aux ambitions turques.

Mais le cœur du problème est le positionnement du président Erdogan qui, dans son rêve de redonner à la Turquie la grandeur ottomane, prend ses distances. Il se coordonne avec la Russie et l’Iran sur la Syrie, dit ses quatre vérités à l’Occident dont il est censé être l’allié, et reste sourd à toute remarque sur les droits de l’homme.

Nul ne sait jusqu’où ira le Président turc dans sa fuite en avant actuelle. Il vient de subir un échec électoral cuisant en perdant le contrôle des deux plus grandes villes du pays, Ankara et Istanbul, et le pays traverse une crise économique terrible. La tentation du bouc émissaire étranger est grande…

La carte islamo-nationaliste est l’une des dernières qui lui reste, et ne l’incitera pas à chercher l’apaisement. Il partage avec Donald Trump un trait de caractère : l’obstination et la volonté de gagner par KO, ce qui n’incite pas au compromis.

La Turquie a longtemps été l’un des piliers de l’Otan. Elle abrite l’une des plus importantes bases militaires américaines, à Incirlik, sur laquelle sont stationnés des bombardiers nucléaires B-61 et des milliers d’hommes. Une rupture avec les États-Unis serait un tournant historique.

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