Ce n’est pas pour rien qu’Hugo Chavez a été triomphalement réélu pour la troisième fois, hier, à la présidence du Venezuela. Haï par les uns, adulé par les autres, ce parachutiste, auteur d’une tentative de putsch en 1992, démocratiquement élu en 1998 et réélu, deux ans plus tard, après une modification constitutionnelle qui avait accru ses pouvoirs, consacre aujourd’hui 8 milliards de dollars par an à la lutte contre la pauvreté. Après avoir failli être renversé, en avril 2002, par un coup d’Etat fomenté par une partie du patronat, il a institué à cet effet des « missions sociales » qui ont crée dans les quartiers les plus pauvres des dispensaires, des écoles et des magasins d’alimentation à prix subventionnés qui ont radicalement changé la vie de millions de Vénézuéliens. Même dans l’opposition, personne ne conteste les bienfaits de ces missions qui ont fait reculer l’illettrisme, les maladies et la faim. La popularité d’Hugo Chavez n’a fait qu’en grandir mais alors pourquoi cet homme suscite-t-il aussi tellement d’hostilité ? Les grandes fortunes le détestent car elles craignent qu’il ne finisse par menacer leurs intérêts mais ce n’est pas tout. Dans les classes moyennes et une large partie de la gauche, Hugo Chavez est presque autant rejeté que par les plus riches car on lui reproche de s’acheter une popularité au détriment du long terme. Oui, disent ces opposants-là, la misère recule grâce aux missions mais on y engloutit les revenus du pétrole - 90% des exportations et la moitié des recettes de l’Etat dans ce pays qui en est le cinquième exportateur mondial – sans se soucier de créer un tissu économique, des entreprise et des emplois. Le jour où les cours baisseront, poursuit l’opposition, le Venezuela n’aura plus qu’à pleurer, caisses vides et incapable de poursuivre ses programmes sociaux. C’est un débat classique, manger le gâteau ou le faire grossir avant de le partager mais, comme c’est la première fois que les pauvres en profitent, Chavez a d’autant moins à se soucier de ces critiques qu’il s’est parallèlement fait le héros et, souvent, le financier du virage à gauche de l’Amérique latine. Jouant du ressentiment de tout le sous-continent contre les Etats-Unis, il se rêve en nouveau Bolivar, l’homme qui avait chassé l’Espagne et voulu unifier l’Amérique latine au début du XIX° siècle. En quelques années, il est devenu l’adversaire déclaré des Etats-Unis, l’allié de Cuba et l’ami des Iraniens et là encore, ce choix en inquiète beaucoup, y compris dans la gauche vénézuelienne et dans des pays de la région passés à gauche car si l’Amérique latine doit rééquilibrer ses rapports avec les Etats-Unis, elle peut difficilement rompre avec eux – ce que Chavez, au demeurant, ne fait pas car c’est à eux qu’il vend son pétrole. Moins naïf qu’il ne pourrait paraître, ce chrétien qui cite Mao crucifix à la main et parsème ses discours de blagues et de chansons est tout aussi sincère que démagogue, ami des pauvres mais pas forcément visionnaire.

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