Les Etats-Unis ont rendu publique, hier, une synthèse de leurs seize agences de renseignements sur l’Iran. Il en ressort - et c’est un événement pour ne pas dire une bombe – que les services secrets américains considèrent avec un « haut degré de confiance », autrement dit une quasi certitude, que la République islamique a arrêté son programme d’armement nucléaire à la fin de 2003 et, avec un « degré de confiance modéré » que ce programme n’avait pas été relancé à la fin du premier semestre de cette année. Affaire classée ? Plus de problème ? Non, ce n’est pour autant pas ce que dit ce rapport d’évaluation qui souligne, en même temps, que le meilleur moyen que l’Iran aurait de se doter de la bombe serait l’enrichissement de l’uranium, programme qu’il a relancé en janvier 2006 ; que, tout en rencontrant des « problèmes techniques importants » les Iraniens ont réalisé des « progrès » qui ne sont pas moins grands dans l’installation des centrifugeuses nécessaires à cet enrichissement et qu’ils pourraient disposer ainsi de suffisamment d’uranium hautement enrichi pour parvenir à l’arme nucléaire entre 2010 et 2015, voire, dès la fin de 2009, même si cette hypothèse est jugée « très improbable ». En clair, ce que les Iraniens ont arrêté en 2003, ce sont les activités strictement liées à la militarisation de l’atome et non pas les activités dites « duales », c’est-à-dire pouvant déboucher sur des applications aussi bien civiles que militaires. Ce rapport ne sonne pas la fin de l’alerte mais l’intéressant est que la Maison-Blanche ait décidé de le publier alors que rien ne l’y obligeait et qu’il va largement à l’encontre des thèses des va-t-en-guerre, qui affirment, eux, comme le vice-président Dick Cheney, qu’il y aurait urgence, une question de mois, et qu’il faudrait frapper les installations iraniennes au plus tôt. Le ton change dans le bureau ovale. La musique n’y est plus la même. Elle s’est, au moins, nettement infléchie et le conseiller de Georges Bush pour la sécurité nationale, Stephen Hadley, l’a clairement montré dans son commentaire de ce rapport. Le problème reste « grave », a-t-il dit mais en ajoutant aussitôt que la stratégie du Président américain était la bonne puisque les sanctions économiques et les pressions internationales avaient de l’effet et qu’il fallait poursuivre dans cette voie en isolant l’Iran jusqu’à ce qu’il veuille négocier une solution. C’est à la victoire des réalistes sur les idéologues qu’on assiste en ce moment à Washington. Condoleezza Rice l’a emporté sur Dick Cheney en faisant voir à Georges Bush que les Etats-Unis avaient aujourd’hui besoin d’alliés, qu’ils devaient abandonner les bruits de botte contre l’Iran s’ils voulaient maintenir un front des grandes puissances contre la République islamique et qu’il fallait parallèlement – c’est en cours – relancer les négociations israélo-arabes pour priver l’extrémisme du meilleur de ses terreaux. On n’en est plus à l’unilatéralisme et au seul recours aux armes. La diplomatie reprend ses droits. C’est un peu tard mais mieux vaut tard que jamais.

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