Divisés comme jamais, courants et sous-courants du régime iranien sont, pourtant, d’accord sur un point. Si Barack Obama veut reprendre langue avec nous, disent-ils, c’est que les Etats-Unis ont besoin de nous. Sans un accord, ou un modus vivendi avec l’Iran, expliquent-ils, l’Amérique ne pourra ni se retirer d’Irak en bon ordre, ni tenter de stabiliser l’Afghanistan, ni garantir la paix civile au Liban, ni marcher vers un règlement israélo-palestinien. Pour ce qui est de l’Irak au moins, ce n’est pas faux mais les Iraniens peuvent-ils, eux, se passer d’un rapprochement avec les Américains ? A cette question, beaucoup des figures du régime, y compris dans le camp conservateur, répondent que leur pays, c’est vrai, a tout autant besoin des Etats-Unis que l’inverse car il ne serait pas, non plus, dans l’intérêt de l’Iran, que les Américains laissent derrière eux un Irak à feu et à sang et que des radicaux sunnites proches d’al Qaëda, les taliban, reprennent le pouvoir en Afghanistan. Raison d'Etat oblige, l’Iran chiite ne veut ni laisser passer la chance d’être bordé, à l’Ouest, par un Irak dominé par d’autres chiites, potentiellement puissant et proche de lui, ni devoir à nouveau faire face, à l’Est, à un Afghanistan gouverné par des djihadistes sunnites qui lui sont fondamentalement hostiles. Logiquement, donc, le régime iranien devrait se préparer en entrer dans les négociations que lui proposera le futur président américain mais, en pratique, les choses sont loin d’être aussi simples. Le premier problème est qu’aucun des deux hommes qui décident aujourd’hui en Iran, ni le Guide suprême, premier personnage du régime, ni le président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, ne croient en la possibilité que les Etats-Unis se résolvent un jour à bombarder les installations nucléaires de leur pays. Comme beaucoup des conservateurs, même plus modérés, ils considèrent que les Américains ont désormais trop de difficultés sur tous les fronts pour se lancer dans une telle aventure et ils n’envisagent, en conséquence, de négocier avec eux qu’à leurs conditions, pour en tirer avantage en Irak et en Afghanistan mais sans faire de concessions majeures, et notamment pas sur le nucléaire. D’où la seconde difficulté pour Barack Obama : le choix du moment, particulièrement délicat car au début de l’été, l’Iran doit soit réélire Mahmoud Ahmadinejad, soit lui choisir un successeur. Tout va se télescoper et l’on voit bien le dilemme qui se pose aux Américains. Attendre le résultat de cette présidentielle pour entamer des négociations, c’est courir le risque de devoir les ouvrir avec un Iran qui aurait réélu un président totalement intransigeant. Ce serait humiliant. Ce serait aller à l’échec mais ne pas attendre la présidentielle, ce serait accroître les chances de Mahmoud Ahmadinejad qui pourrait dire que c’est précisément son intransigeance qui a amené les Américains à lui tendre la main et qu’il n’y a, décidément, rien à craindre d’eux. Sans doute serait-il plus sage d’attendre l’été et une éventuelle victoire des réformateurs, de tabler sur une défaite de ce président dont le bilan économique est catastrophique, mais l’équation est si complexe que l’affaire est mal partie.

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