D'ordinaire, les protestations et condamnations occidentales restaient purement verbales. A chaque nouveau développement des colonies israéliennes dans les Territoires occupés, l'Europe et l'Amérique déploraient, rappelaient leurs positions de principe, s'inquiétaient, mais les choses en restaient là, alors que cette fois-ci, non : c'est différent.Sitôt après que le Premier ministre israélien eut autorisé la construction de 3000 nouveaux logements en Cisjordanie pour répondre à la reconnaissance de l'Etat palestinien par l'Onu, la diplomatie américaine a dénoncé cette décision pour ce qu'elle est en effet, une entrave à tout règlement de paix. La Maison-Blanche a pris le relais en demandant instamment que ces plans soient abandonnés et, entre temps, la France, la Grande-Bretagne, l'Espagne, le Danemark, la Suède convoquaient les ambassadeurs israéliens accrédités dans leurs capitales pour leur faire part de leur plus vive réprobation. Plus proche allié des Israéliens en Europe, l'Allemagne a fait dire, elle, qu'Israël « sapait la confiance en sa volonté de négociations », ce qui n'était pas moins inhabituel pour Berlin. Le ton monte dans les capitales occidentales contre le gouvernement de Benjamin Netanyahou et il y a deux raisons à cela. La première est que ces nouvelles implantations seront construites dans une zone particulièrement sensible puisqu'elles vont coupe la Cisjordanie de la partie orientale de Jérusalem, c'est-à-dire des quartiers de la ville où la Palestine devrait, le jour venu, installer sa capitale. C'est la continuité territoriale du futur Etat palestinien que ces constructions viendraient rompre. C'est la possibilité d'une paix fondés sur la coexistence de deux Etats qu'elles menacent. C'est pour cela qu'Israël s'était engagé auprès des Etats-Unis à ne pas bâtir dans cette zone, la zone dite « E-1 », et le gouvernement israélien vient ainsi d'infliger un camouflet à l'Amérique comme à l'Europe qui sont tellement ulcérées que la France et, surtout, la Grande-Bretagne avaient un instant envisagé de rappeler en consultation leurs ambassadeurs à Tel-Aviv. L'affaire est sérieuse et la deuxième raison de l'irritation des Occidentaux est qu'ils voient l'aile droite de la droite israélienne monter en puissance dans le Likoud, le parti de Benjamin Netanyahou, que cette droite fermée à toute idée de concession pour la paix a des chances de remporter les législatives anticipées du 22 janvier et que ni l'Europe ni l'Amérique ne comprennent plus où elle veut aller. Cela les inquiète d'autant plus que la dernière crise de Gaza a nettement accru le prestige du Hamas parmi les Palestiniens, que la région est si déstabilisée par le printemps arabe qu'elle est totalement imprévisible et que ce basculement de la droite israélienne vers l'extrême-droite vient encore accroître l'incertitude proche-orientale.C'est une salve d'avertissement que les Occidentaux ont donc tiré en direction de Tel Aviv mais, sauf si les centres et les gauches l'emportaient en janvier, elle pourrait bien rester sans effet tant cette droite est convaincue, et encore plus depuis le vote de l'Onu, que la sécurité d'Israël ne dépend que de sa force et de son refus de toute pression.

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