Les Américains s’en réjouissent ouvertement tandis que les Iraniens démentent mollement mais qu’en est-il exactement ? La vérité est qu’entre les Etats-Unis et l’Iran, il y a aujourd’hui une répartition des tâches dans la lutte contre les égorgeurs de l’Etat islamique, leur ennemi commun.

Les Iraniens interviennent dans la province irakienne de Diyala, une province orientale limitrophe de l’Iran, tandis que les Etats-Unis frappent dans le reste de l’Irak et en Syrie, pays où Téhéran et Washington ne poursuivent pourtant pas les mêmes objectifs puisque l’Iran y soutient le régime de Bachar al-Assad que les Etats-Unis combattent.

C’est cette divergence sur la Syrie ainsi que le blocage des négociations sur le nucléaire iranien qui interdisent aux deux pays de s’afficher en alliés contre l’Etat islamique mais la coordination de leurs efforts n’en est pas moins réelle. D’un commun accord, elle s’organise par le biais des autorités irakiennes qui demeurent théoriquement en charge des appuis militaires qui leur sont apportés, tant par l’Iran que par la coalition que les Etats-Unis conduisent.

C’est ainsi que lorsqu’il s’est avéré, hier, que l’aviation iranienne intervenait depuis dix jours contre l’Etat islamique, Téhéran a aussitôt déclaré que « tout coopération avec l’Amérique dans de telles frappes était hors de question pour l’Iran », tandis que le secrétaire d’Etat américain, estimait, lui, que toute frappe contre l’Etat islamique aurait « au final, un effet positif ».

En clair, coordination il y a pour la simple et bonne raison que l’Etat islamique est une organisation de jihadistes sunnites totalement contraire aux intérêts de l’Iran, la grande puissance chiite du Proche-Orient alliée de l’Irak dont la population est également à majorité chiite.

Désormais non seulement combattu par les Etats-Unis et l’Iran mais aussi par la France, la Grande-Bretagne, l’Arabie saoudite et une cinquantaine d’autres pays, l’Etat islamique n’a plus aucune chance de l’emporter, comme le déclaraient, hier, les membres de la coalition réunis à Bruxelles. A court ou moyen terme, sa défaite est inéluctable mais le problème est que l’Etat islamique n’est d’ores et déjà plus la vraie question.

Le véritable enjeu de cette guerre qui ne fait que commencer est le rapport de forces entre sunnites et chiites au Proche-Orient, entre la puissance sunnite qu’est l’Arabie saoudite et la puissance chiite qu’est l’Iran. Tant que l’Etat islamique n’aura pas été défait, tous feront front contre lui mais, sitôt qu’il s’affaiblira, les Saoudiens, les Iraniens et leurs alliés respectifs se retrouveront face à face, en Irak comme en Syrie et au Liban, et les Américains comme les Européens devront choisir entre deux camps ou savoir jouer de leurs divisions.

C’est là que les choses sérieuses commenceront et c’est pour cela que, revendiquées ou pas, l’actuelle coordination américano-iranienne n’est qu’un moment du premier round.

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