Avec l’entrée d’un parti d’extrême droite au parlement d’Andalousie, c’est une nouvelle preuve du malaise démocratique en Europe, exprimé à sa manière aussi par le mouvement des gilets jaunes en France.

Santiago Abascal, leader national du parti d’extrême droite Vox, et Francisco Serrano, son chef de file en Andalousie, après le vote qui a marqué leur entrée au parlement régional dimanche.
Santiago Abascal, leader national du parti d’extrême droite Vox, et Francisco Serrano, son chef de file en Andalousie, après le vote qui a marqué leur entrée au parlement régional dimanche. © AFP / JORGE GUERRERO / AFP

Un nouveau clignotant s’est allumé sur la carte politique de l’Europe : en Andalousie, où un parti d’extrême droite, Vox, antimigrants, antiféministe et eurosceptique, a fait son entrée au Parlement régional dimanche, avec 11% des voix. C’est tout simplement la première fois depuis la fin du franquisme que l’extrême droite siège dans un parlement espagnol, régional ou national.

L’Espagne semblait immunisée, mais ne disait-on pas la même chose de l’Allemagne pour des raisons historiques évidentes ? L’AFD, le parti antimigrants, est devenu l’an dernier la troisième formation du parlement fédéral, elle a des élus dans tous les Länder, et certains redoutent de la voir remporter la Saxe, une région de l’ex-RDA, le maillon faible de l'Allemagne.

On doit évidemment citer l’Italie, où la Ligue de Matteo Salvini est au pouvoir, l’Autriche, ou encore la Suède, le pays-modèle, où un parti d’extrême droite a percé. Plus à l’Est, le dirigeant hongrois Viktor Orban a théorisé la démocratie « illibérale », c’est-à-dire l’opposé de la démocratie libérale.

Ce contexte n’est pas indifférent à ce qui se passe en France avec les gilets jaunes, un mouvement qui révèle la panne de la démocratie représentative, et, par bien des aspects, en conteste la légitimité.

Le diagnostic a été fait depuis longtemps, avec l’effondrement des partis qu’on appelait autrefois « de gouvernement ». C’est le cas en France, mais aussi en Italie, dans une moindre mesure en Allemagne, ou en Espagne ou la fragmentation politique s’accentue.

Depuis plusieurs années, on constate l’abstention croissante -pensez que la récente législative partielle dans l’Essonne n’a attiré que 16% des électeurs-, comme si le citoyen se disait : à quoi bon ! Seule la Présidentielle continue de faire le plein d’électeurs, mais on voit avec les gilets jaunes que la légitimité du chef de l’État ne lui est pas pour autant garantie.

Enfin, ce sont tous les corps intermédiaires comme les syndicats, qui sont affaiblis. Et on peut ajouter à cette liste la presse, contestée, et parfois même combattue, à laquelle on préfère les réseaux sociaux, malgré leur cortège de manipulations et de fausses informations.

Paradoxalement, la réforme constitutionnelle proposée par Emmanuel Macron l’été dernier s’intitulait « pour une démocratie plus représentative, plus responsable et plus efficace ». Mais on sent bien qu’il faudra plus qu’un toilettage pour rendre la démocratie plus « participative », le mot-clé de l’avenir. Le Mouvement 5 étoiles, en Italie, avait bâti son succès sur des outils participatifs. Mais aujourd’hui au pouvoir, il n’a pas vraiment changé la pratique de la politique. Il en va de même de la difficulté des gilets jaunes à accepter ne serait-ce que des porte-parole. 

C’est le modèle autoritaire, « illibéral » pour reprendre l’euphémisme de Viktor Orban, qui s’offre aujourd’hui en alternative, avec le mythe de l’homme fort. C’est sans doute une illusion, mais les tenants de la démocratie libérale sur la défensive, doivent encore apporter une réponse plus convaincante.

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