Donald Trump, Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan ne cachent pas leurs visions différentes du monde et de l'avenir de l'OTAN, réuni en sommet à Londres mardi et mercredi. Leur rivalité a marqué la première journée de cet étrange réunion qui symbolise un monde en pleine transformation.

Une poignée de mains franche qui n’a pas empêché l’étalage des divergences entre Donald Trump et Emmanuel Macron hier à Londres.
Une poignée de mains franche qui n’a pas empêché l’étalage des divergences entre Donald Trump et Emmanuel Macron hier à Londres. © AFP / ludovic MARIN / POOL / AFP

Si un auteur dramatique avait voulu mettre en scène le monde de 2019, il aurait imaginé un sommet international à Londres, avec un dîner à Buckingham Palace ; et trois personnages principaux, presque caricaturaux.

Notre auteur aurait décrit la journée d’hier, avec en vedette Donald Trump, Emmanuel Macron, et Recep Tayyip Erdogan, les présidents américain, français et turc.

Dans une fiction, il aurait été difficile de rendre crédible que ces trois hommes appartiennent à la même alliance politico-militaire, tant leurs visions du monde sont antinomiques. Et pourtant, c’est la réalité, et elle en dit long sur l’évolution politique de ces dernières années et sur les contradictions dans lesquelles nous évoluons.

Le plus extraordinaire, et il fallait écouter les commentaires stupéfaits des journalistes américains hier après la conférence de presse commune de Trump et Macron, c’est que plus personne ne fait d’efforts pour cacher ces divergences.

Ces chefs d’État incarnent trois situations, trois parcours, et une tendance à la personnalisation du pouvoir revenue en force. Ils tentent, chacun à sa manière, de bousculer l’ordre mondial et de le façonner à leur image. 

Donald Trump est le disrupteur-en-chef, le milliardaire novice qui a pris par surprise la tête de la première puissance mondiale ; il affaiblit systématiquement la gouvernance multilatérale au profit d’une suprématie américaine. Il est assiégé chez lui par une procédure de destitution, et espère néanmoins être réélu dans un an.

Emmanuel Macron est un autre disrupteur, mais de tendance libérale, dont l’élection en 2017 a été accueillie avec soulagement par ceux qui redoutaient une vague populiste. Mais depuis, son volontarisme trop pressé se heurte à de fortes résistances, domestiques ou européennes ; il est à la veille d’une confrontation sociale qui déterminera la suite de son mandat.

Enfin, Recep Tayyip Erdogan est l’incarnation même de ces « hommes forts » qui ont émergé sur tous les continents, populiste islamo-conservateur de plus en plus autoritaire, au verbe haut et parfois injurieux, qui veut être reçu comme le nouveau Sultan de la Turquie moderne, là où il est d’abord le fossoyeur des libertés dans son pays.

Que nous disent-ils de notre époque ?

D’abord, que les règles du jeu d’hier ne fonctionnent plus et que celles de demain n’existent pas encore. Il n’y a plus réellement de « leader du monde libre », d’allié docile ou de vassal lointain. Le concept même d’alliance est mouvant, il suffit d’observer la Turquie...

Ensuite, que les rapports de force sont en train de se redéfinir, et que tout le monde n’en a pas conscience. Ainsi, les Européens sous-estiment leur capacité collective, et redoutent le mot de « puissance » que leur propose une France soupçonnée de rêves de grandeur.

Enfin, et ça sera peut-être la leçon de ce sommet, que les alliances, comme les familles, sont capables de résister aux plus vives querelles ; il fait plus froid dehors que dedans. On apprend à vivre avec ses contradictions.

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