En désaccord sur l’Irak, malgré la persistance de ce désaccord, la France et la Grande-Bretagne relancent aujourd’hui l’Europe de la Défense. A l’issue de leurs entretiens du Touquet, Jacques Chirac et Tony Blair appelleront ce soir ensemble à un accroissement des capacités militaires européennes notamment navales et à la création d’une agence intergouvernementale d’achat d’armements destinée à rationaliser les équipements des différentes armées de l’Union. Signe de la volonté franco-britannique d’aller de l’avant dans ce domaine de la Défense, le Royaume-Uni a attribué, dès la semaine dernière, un tiers des contrats de construction de son nouveau sous-marin à une entreprise française, Thalès. Après les rapprochements entre les entreprises d’armement allemandes et françaises, une coopération en réseau s’amorce ainsi à l’échelle européenne, ouvrant petit à petit la voie à un pool européen dont l’ambition sera de faire le poids face aux constructeurs américains comme Airbus le fait face à Boïng. Pour Tony Blair, cette affirmation militaire de l’Europe doit venir renforcer les moyens de l’Alliance atlantique même si elle doit naturellement permettre à l’Europe de mener seule des actions de défense ou de maintien de la paix. Pour Jacques Chirac, elle doit, d’abord, permettre à l’Europe d’affirmer son autonomie même si cela n’est évidemment pas contradictoire avec le renforcement de l’Alliance. En l’affaire, chacun a sa priorité, définie par la conception qu’il se fait du rôle international de l’Europe et de ses rapports avec les Etats-Unis mais le fait est que ces différences de vue n’empêchent pas d’avancer de pair et de faire avancer l’Europe. Crise européenne ou pas, malgré l’ampleur de la fracture que l’Irak et les Etats-Unis suscitent dans l’Union, l’Europe n’est pas en panne car même la Grande-Bretagne, même le plus atlantiste des sept pays européens qui se sont démarqués de la France et de l’Allemagne dans le débat irakien, n’est pas un simple vassal des Etats-Unis. Elle oscille entre les deux rives de l’Atlantique mais sait en même temps que son avenir est dans l’Europe et l’euro. Elle ne veut pas laisser se distendre les liens transatlantiques mais aspire à peser sur la scène internationale, donc à développer ses capacités de Défense et, faute de pouvoir le faire seule, veut le faire avec l’Europe dont elle tend à renforcer, par là, le poids politique. Economie, Défense et politique se mêlent et font franchir un pas à l’Europe dont tous les membres sont, par ailleurs, collectivement en concurrence sur tous les marchés avec les Etats-Unis – même les nouveaux venus, ces pays de l’ancienne Europe communiste qui ne font confiance qu’à Washington pour leur sécurité mais dont l’avenir économique se joue à Bruxelles. L’Europe est fracturée par l’Irak mais on ne meurt pas d’une fracture. L’Europe a si peu d’autres choix que l’Union qu’il n’y a pas un seul des pays signataires de cette lettre de soutien aux Etats-Unis qui ne tente depuis hier d’en minimiser la portée ou d’en faire porter la responsabilité à Paris et Berlin dont le rapprochement les a – c’est un fait – inquiétés. Irak ou pas, l’Europe n’est pas morte.

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