C’est mieux, beaucoup mieux, que le statu-quo. C’est même tellement mieux que le Premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, n’a pas hésité, hier, à qualifier de « bonne nouvelle » cette intention d’Ariel Sharon de faire évacuer, à compter de l’été, la totalité des colonies israéliennes implantées dans la Bande de Gaza mais ce plan pose, pourtant, trois questions. La première est de savoir si Ariel Sharon pourra réellement le mener à bien. Près de 8000 personnes vivent dans ces 17 colonies, certaines depuis la troisième génération. Ces colons sont des radicaux, convaincus de leur droit d’être là et décidés à le défendre, fût-ce par la force. Il faudra faire déménager des familles entières les indemniser et les réinstaller ailleurs. Rien de tout cela ne serait aisé mais à cette première question, la réponse est néanmoins plutôt « oui » car les sondages faits après l’annonce de cette décision, lundi, dans une interview au Haaretz, donnent 59% d’Israéliens favorables à cette mesure et que c’est Ariel Sharon qui avait présidé, en 1982, à l’évacuation des colonies du Sinaï après l’accord de paix avec l’Egypte. Sa détermination paraît aussi grande qu’à l’époque. Ses collaborateurs ont laissé entendre, hier, qu’il pourrait provoquer bientôt des élections anticipées si sa majorité parlementaire ne le suivait pas et les Travaillistes ont d’ores et déjà déclaré, par la voix de Shimon Pérès, qu’ils pourraient revenir au gouvernement si Ariel Sharon passait des mots aux actes. L’hypothèse d’une évacuation de Gaza est ainsi crédible mais dans quelle démarche politique, deuxième question, le chef de la droite israélienne inscrirait-il alors ces démantèlements ? La réponse est qu’Ariel Sharon a abandonné toute ambition d’un grand Israël, d’un Israël s’étendant à nouveau dans ses frontières bibliques et incluant, donc, la Cisjordanie. Le réalisme a levé cette hypothèque et ce que souhaite aujourd’hui faire le Premier ministre, c’est procéder à un retrait unilatéral des territoires palestiniens, non seulement de Gaza mais aussi de la Cisjordanie ou plus précisément de la partie de la Cisjordanie qui se trouvera de l’autre côté de la ligne de sécurité, mur ou barrière électrique suivant les endroits, qu’il fait ériger en ce moment. Cela revient à tracer unilatéralement la frontière entre les deux Etats et à considérer que le problème en sera résolu. C’est ainsi qu’on en vient à la troisième question : est-ce viable ? Peut-on parvenir ainsi à la paix ? La réponse est malheureusement que non, pour deux raisons. La première est que l’Etat palestinien qui serait crée par cette démarche serait coupé en deux, Gaza et la Cisjordanie, tout sauf viable, tout sauf un partenaire sans revendications territoriales avec lequel construire l’avenir. La seconde est que, très paradoxalement, Ariel Sharon n’échangerait pas de cette manière la création de l’Etat palestinien contre des concessions garantissant la pérennité d’Israël. Un retrait unilatéral des troupes israéliennes n’obligerait en effet les Palestiniens à rien, ni à renoncer au droit au retour de leurs réfugiés ni à reconnaître le droit d’Israël à l’existence. Il y a du mieux dans ce plan Sharon mais seulement du moins pire, du provisoire, rien qui ressemble encore au règlement définitif et négocié qu’il faudrait promouvoir.

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