Ca avance et ça grippe. Ca grippe un peu mais ça avance. Négociateurs israéliens et palestiniens ont constaté, hier soir, leurs désaccords sur les libérations de prisonniers. Les Palestiniens veulent que soient prioritairement remis en liberté les plus vieux, les plus jeunes, les malades et que les détenus, surtout, ayant participé à des attentats ne soient pas a priori exclus des listes. Les Israéliens n’acceptent, eux, aucun critère contraignant et n’envisagent pas un instant de libérer des hommes « ayant du sang sur les mains » mais si désaccord il y a sur qui doit et peut être libéré, c’est que les Israéliens ont annoncé leur intention d’élargir près d’un huitième des détenus palestiniens, cinq cents dans l’immédiat, quatre cents autres dans trois mois, neuf cents en tout. Non seulement le dialogue amorcé depuis l’élection de Mahmoud Abbas se développe et progresse, non seulement les Israéliens ont également décidé, hier, d’évacuer progressivement cinq villes palestiniennes, d’arrêter leurs opérations dans les Territoires et de « geler » la chasse aux organisateurs d’attentats maintenant que leurs mouvements ont suspendu leurs actions, mais ce dialogue, désormais, s’internationalise. C’est en Egypte que se tiendra finalement, mardi, la rencontre prévue entre Mahmoud Abbas et Ariel Sharon et c’est en présence du président égyptien et du souverain jordanien qu’elle aura lieu. On passe, autrement dit, à une tout autre vitesse. Deux pays arabes et non des moindres marquent ainsi qu’ils croient possible d’arriver à terme à un règlement global sur des bases acceptables par les Palestiniens et la Ligue arabe. Hosni Moubarak et le roi Abdullah risquent leur crédit personnel dans cette affaire et cela signifie, comme l’a dit Saëb Erakat, le chef des négociateurs palestiniens, que « plus personne ne peut se permettre un échec ». L’échec reste naturellement possible mais son coût serait aujourd’hui si élevé pour tant de gens que le succès n’est plus impossible. Il n’est plus même improbable pour cinq raisons. La première est qu’il est de plus en plus net que les Etats-Unis s’apprêtent également à mettre leur poids dans la balance, à pousser vers un accord de paix définitif, vers cette coexistence de deux Etats dont Georges Bush disait mercredi, dans son discours sur l’état de l’union, qu’elle était « à portée de main ». La deuxième est que Mahmoud Abbas - les Israéliens le reconnaissent eux-mêmes - fait absolument tout et, pour l’heure, avec succès, pour mettre fin aux violences et lever ce préalable mis par les Américains et Ariel Sharon. La troisième est que le premier ministre israélien s’est maintenant trop avancé pour reculer en admettant, d’ailleurs - ce que rien ne prouve - qu’il en ait le désir. La quatrième est que l’Egypte, la Jordanie mais aussi l’Arabie saoudite ont intérêt à favoriser un règlement pour freiner une poussée islamiste qui menace leur stabilité. La cinquième, enfin, est que la paix, comme la guerre, a sa dynamique, que ces pas qui se multiplient contribuent tous à détendre l’atmosphère et établir une confiance.

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