Idriss Deby semblait avoir, hier, desserré l’étau qui se resserrait contre lui. Après s’être retrouvé quasiment encerclé, samedi, dans son palais par une colonne de rebelles venus du Soudan – quelques deux mille hommes à bord de pick-up transformés en plates-formes de tir – le président tchadien avait non seulement dégagé les abords immédiats de sa résidence mais reconquis aussi un pont et un quartiers stratégiques de sa capitale. Il s’est « réélargi », disait-on à Paris, mais la situation demeure incertaine au Tchad dans la mesure où, d’un côté, Idriss Deby dispose de forces aériennes qu’il a seulement commencé d'utiliser mais où, de l’autre, les rebelles sont extrêmement décidés tandis que l’armée, divisée et minée par les désertions, n’est guère prête au combat. La grande crainte est, maintenant, l’internationalisation de ce conflit ou, plutôt, de ce double conflit car il y en a deux. L’un est tchado-tchadien, une classique tentative de coup d’Etat contre un autocrate au pouvoir depuis 18 ans. Tombeur de l’ancien Président Hissène Habré dont il avait été l’un des plus proches collaborateurs, Idriss Deby avait mis fin, avec le soutien des services français, à l’une des dictatures les plus sanglantes qu’ait connues l’Afrique. C’est dans le soulagement général qu’il avait été accueilli mais, malgré l’instauration du pluripartisme et l’organisation d’élections, il est lui-même devenu dictateur. Il a concentré tous les pouvoirs entre ses mains, lassant même une partie de son clan, les Zaghawa, moins de 2% de la population, dont il avait peuplé l’appareil d’Etat mais dont plusieurs figures, y compris son neveu, sont maintenant à la tête de la rébellion. En elle-même, l’affaire est purement intérieure mais ces rebelles – second conflit – avaient trouvé armes et appuis au Soudan, l’immense voisin de l’est, qui a répliqué à la tentative de sécession de sa province du Darfour par la terreur et les massacres que l’on sait. En septembre dernier, la France avait convaincu l’Union européenne de déployer, sous mandat de l’Onu, des troupes à la frontière du Tchad et du Darfour, côté tchadien, pour aider les innombrables réfugiés de cette guerre et les protéger des incursions soudanaises. Ces forces européennes, l’Eufor, devaient entamer leur déploiement ces jours-ci et ce n’est pas par hasard que les rebelles tchadiens ont choisi cette date pour leur coup de main. Ils y ont été poussés par le Soudan pour bloquer l’arrivée de l’Eufor et c’est là que le sort d’Idriss Deby pourrait prendre une dimension internationale. Les Européens – France en tête – sont inquiets à l’idée que son éventuelle chute n’aggrave encore le drame du Darfour et n’accroisse le poids régional du Soudan alors même que la Chine y a pris pied dans sa chasse aux matières premières. A l’inverse, la possibilité d’un rétablissement de Déby pourrait amener le Soudan à intervenir directement aux côtés des rebelles. Il y a un danger d’engrenage. Pour l’heure, la France se contente d’évacuer ses ressortissants et de fournir à l’armée tchadienne du renseignement.

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