En Europe, on sait. Chacun de ses pays éprouve la montée du chômage, fruit direct d’une récession qui se généralise. Aux Etats-Unis, la crise est telle que l’Etat s’apprête à investir près de 900 milliards de dollars dans un plan de relance et devra voler, à nouveau, au secours du secteur bancaire dont la nationalisation, comme en Allemagne, devient une hypothèse de travail, largement débattue. La crise s’installe en Occident. Elle y bouleverse trop de vies, brise les dogmes de l’ère libérale, réveille la tentation protectionniste, suscite déjà, en Grande-Bretagne comme en Irlande, un rejet de l’étranger, même européen, mais c’est sans doute en Chine et en Russie que les conséquences de la crise mondiale sont les plus grandes. Dans ces deux pays, les anciens géants du communisme, la stabilité des régimes en place ne reposait que sur la croissance économique, que sur un compromis, implicite mais clair, au terme duquel la population acceptait l’absence de libertés en échange d’une progression de son niveau de vie, d’un espoir social. L’un dans l’autre, à Moscou comme à Pékin, cela fonctionnait – popularité de Vladimir Poutine et échec des revendications démocratiques des étudiants chinois il y a vingt ans – mais la crise vient tout remettre en question. Bien qu’elle reste élevée, la croissance chinoise recule, ralentie par la diminution des exportations vers des pays occidentaux qui consomment et, donc, importent moins. Un ou deux points de baisse encore et des centaines de millions de personnes passeront de la pauvreté à la misère dans un pays qui ne connaît pas de protection sociale. Un drame couve une Chine et un chiffre, officiel, en donne l’avant-goût. En moins d’un semestre, vingt millions de ce qu’on appelle là-bas les « ouvriers migrants », ces enfants de paysans venus travailler dans les usines de la côte pacifique, ont perdu leur emploi, jetés à la rue par la faillite d’usines qui ne leur ont pas payé la moindre indemnité. Vingt millions de personnes ont du repartir vers des villages qui ne vivaient que de leurs mandats et ce chiffre ne comprend pas les chômeurs restés dans les villes. Les autorités elles-mêmes le disent : les risques de troubles sociaux sont grands, si grands que l’armée vient d’être appelée à une « obéissance absolue ». La Russie n’en est pas là mais la Bourse et le rouble se sont effondrés. Les capitaux fuient et la production industrielle vient de chuter de 8% en un mois après être déjà tombé à son niveau d’il y a dix ans. La Russie est frappée de plein fouet par la dégringolade des cours du pétrole, de cette richesse nationale sur laquelle le Kremlin avait tout misé du temps où le baril s’envolait et remplissait ses coffres. Faute d’avoir investi du temps des vaches grasses, la Russie, désindustrialisée et en plein recul démographique, ne sait plus comment rebondir. Les sondages y indiquent une soudaine montée de l’angoisse sociale et, le week-end dernier, plusieurs milliers de manifestants sont descendus dans les rues – du jamais vu depuis longtemps.

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