Alors qu’ils n’en avaient plus depuis cinq ans, les Etats-Unis viennent de nommer un nouvel ambassadeur en Syrie. Simultanément annoncée, hier, à Damas et Washington, cette décision vise à relancer les tentatives de négociations entre Israéliens et Syriens, à parvenir à un accord aux termes duquel Israël, en échange de sa reconnaissance par la Syrie, lui restituerait les plateaux du Golan, annexés en 1981. Ce serait la percée, le grand deal, dont les Américains, les Français et nombre des dirigeants israéliens rêvent aujourd’hui car la stabilisation du Proche-Orient aurait beaucoup à y gagner. En paix avec Israël et réconciliée avec les Occidentaux qui l’avaient ostracisée après l’assassinat, en 2005, de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, la Syrie s’éloignerait, de fait, de l’Iran dont elle le seul allié au Proche-Orient. Le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien en seraient affaiblis puisque c’est essentiellement par la Syrie que transitent aujourd’hui les livraisons d’armes iraniennes à ces mouvements islamistes. L’Autorité palestinienne en serait renforcée et cela pourrait ainsi contribuer à une reprise des pourparlers israélo-palestiniens et à la conclusion de cet accord de paix fondée sur la coexistence de deux Etats auquel Barack Obama ne désespère pas d’aboutir. Cette carte syrienne aurait tellement d’avantages qu’on se dispute même l’honneur de la favoriser. Membre de l’Otan et candidate à l’entrée dans l’Union européenne, la Turquie voudrait reprendre sa mission de bons offices entre Israël et la Syrie qui avait été interrompue, il y a un an, par la guerre de Gaza. La Turquie voudrait devenir le pays qui aurait permis cette percée car le prestige qu’elle en retirerait jouerait en sa faveur à Bruxelles et renforcerait encore son influence dans l’ensemble d’une région sur laquelle son ancien empire, l’Empire ottoman, s’était étendu jusqu’à la Première Guerre mondiale. La France voudrait, elle, utiliser les relations de confiance qu’elle a renouées avec Israël comme avec la Syrie pour s’imposer, là, en acteur de la scène internationale, en puissance médiatrice dans la région de tous les conflits. Quant aux Etats-Unis, ils voudraient évidemment trouver dans un accord israélo-syrien le succès qui se fait attendre sur le front israélo-palestinien. Avec autant de parrains, la voie syrienne paraît être une autoroute pour la paix. Elles est d’autant plus prometteuse que la Syrie semble impatiente de récupérer le Golan et, surtout, de normaliser ses relations avec les Occidentaux car ses milieux d’affaires et sa classe moyenne voudraient réinscrire leur pays dans l’économie mondiale. Les militaires israéliens, l’état-major comme le ministre de la Défense, Ehud Barak, plaident en faveur d’un accord avec Damas mais Benjamin Netanyahou, le Premier ministre israélien est, lui, beaucoup moins allant. Il craint que la Syrie ne veuille jouer sur les deux tableaux, se réconcilier avec les Etats-Unis mais ne pas s’éloigner, pour autant, de l’Iran. Il hésite et prend son temps, comme il le fait avec les Palestiniens.

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