Pour ce qui est du bilan militaire, les choses sont claires. En un temps record, l’intervention française au Mali a permis de libérer les villes du Nord, de disperser ce qui reste des combattants djihadistes après avoir stoppé leur progression vers le Sud et de détruire – c’est toujours en cours – beaucoup de leurs stocks d’armes, de carburant et de ravitaillement.

Bien qu’elle reste à conduire dans les massifs montagneux de l’extrême nord-est du pays, cette opération est d’ores et déjà un succès militaire mais, diplomatiquement parlant, quel bilan en tirer ?

Cela dépendra grandement du succès politique de cette intervention, autrement dit de la capacité qu’auront ou non les Maliens à tendre la main à leurs compatriotes touaregs et arabes du Nord et à durablement stabiliser ainsi leur pays maintenant qu’ils ont recouvré leur intégrité territoriale. Cela se jouera donc à plus long terme mais, pour l’heure, la France vient de marquer là plusieurs points diplomatiques d’importance, susceptibles de modifier son image et sa place sur la scène internationale.

Elle a d’abord rappelé qu’elle faisait partie du très petit nombre de puissances capables de mener et réussir une opération de ce genre. Dans l’Union européenne, il n’y a que la Grande-Bretagne qui dispose de moyens militaires comparables et de la même connaissance du monde. Ni l’Allemagne, ni l’Espagne, ni l’Italie ne jouent à cet égard dans la même division et, en dehors de l’Union, si les Etats-Unis ont, bien sûr, des armées autrement plus puissantes, ils ont peut-être, sans doute en fait, moins de culture historique et de savoir-faire politique comme on l’a vu en Irak et en Afghanistan. Quant à la Chine et la Russie dont les forces militaires sont également tout sauf négligeables, on ne les imagine pas intervenir aujourd’hui ailleurs qu’à leurs marches immédiates.

La France a rappelé là qu’elle faisait partie d’un très petit club et, sur les cinq continents comme aux Nations-Unies, les diplomates français constatent aujourd’hui, dit un ambassadeur en poste dans une grande capitale, que leurs collègues étrangers « leur parlent autrement ». Cela ne se quantifie pas mais cela donne à la France, à ses avis et prises de position, un poids qu’elle n’avait commencé à reprendre qu’avec l’affaire libyenne.

C’est d’autant plus important que la France a spécifiquement confirmé au Mali qu’elle restait un acteur de premier plan dans ces foyers d’incertitude et de tensions mondiales que sont les mondes musulmans. Cela comptera dans ses relations avec les Etats-Unis qui, soudain, ne tarissent plus d’éloges sur elle mais cela comptera aussi dans les rapports de force européens.

Succès malien ou pas, l’Allemagne est et demeurera pour longtemps la première puissance de l’Union mais la France vient de montrer qu’elle avait des forces que la République fédérale n’a pas et cela vient rééquilibrer une relation devenue trop inégalitaire. Et puis, enfin, il y a l’Algérie. Riche puissance francophone, pièce maîtresse du monde arabe, l’Algérie s’est placée dans cette affaire du même côté que la France à laquelle elle a immédiatement apporté un précieux appui. C’est nouveau, capital et, pour l’avenir, très prometteur.

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