Cela s’appelle un signal. Président de la coalition nationale syrienne et chef de la délégation de l’insurrection aux négociations de Genève, Ahmad Jarda sera reçu aujourd’hui à Moscou. Ce n’est pas un retournement d’alliance. La Russie reste totalement fidèle au régime syrien dont elle est, avec l’Iran, le principal allié mais deux choses ont malgré tout évolué lors du premier round de ces négociations qui s’est achevé vendredi.La première est que les représentants de Bachar al-Assad y ont tenu des discours si violents contre l’Europe, l’Amérique, Israël et les pays arabes tous censés comploter ensemble contre la Syrie aux côtés du terrorisme international qu’ils ont heurté jusqu’aux représentants de l’Onu pourtant tellement attachés à leur neutralité et qu’ils ont même fini par susciter un malaise à Moscou. Cette gêne a été d’autant plus profonde que toutes les grandes puissances, celles qui soutiennent l’insurrection comme celles qui soutiennent Damas, souhaitaient et avaient beaucoup espéré que l’amorce de ces discussions puisse au moins conduire à quelques gestes humanitaires et que le régime syrien a tout bloqué, même les convois alimentaires de l’Onu qui auraient dû apporter de quoi manger – de quoi ne pas mourir de faim – aux populations assiégées de la vieille ville de Homs. Pire encore, ce régime a redoublé, durant ces pourparlers et le week-end dernier, ses frappes aériennes contre les civils des zones tenues par l’insurrection comme s’il avait voulu montrer qu’il n’y avait rien à négocier pour lui, ce qui est d’ailleurs sa position. Cela n’a plu à personne, surtout pas à la Russie qui voudrait être l’artisan d’une solution négociée, d’une solution favorable au régime en place mais d’un compromis tout de même, alors que la délégation de l’insurrection a su faire, à l’inverse, bonne impression par sa modération et son unité. Alors même que l’insurrection est profondément divisée puisqu’elle regroupe tous les adversaires de la dictature, des laïcs de gauche et de droite aux Frères musulmans, elle a non seulement su parler d’une seule voix mais tenir un discours extrêmement rassurant et conciliant sur son respect des minorités, y compris les Alaouites, dont est issu le clan Assad, et sa volonté de les faire coexister harmonieusement dans les frontières actuelles de la Syrie. La délégation de l’insurrection s’est de surcroît constamment référée aux objectifs définis par l’Onu d’organisation d’une transition autour d’un organe exécutif où siégeraient toutes les composantes syrienne. Comme le souhaitaient ses soutiens, France en tête, l’insurrection a joué le jeu de ces négociations et cela a d’autant plus frappé qu’elle s’est parallèlement engagée, sur le terrain, dans une bataille ouverte contre les djihadistes de l’Etat islamique en Irak et au Levant, un groupe de complets fanatiques que le régime appuie afin de pouvoir en brandir la menace et l’assimiler à l’insurrection.Les négociations reprendront lundi prochain. Hors le fait que des représentants du pouvoir et des insurgés se soient pour la première fois assis à la même table, elles n’ont strictement rien apporté mais l’insurrection a marqué un point – psychologique au moins.

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