On en débat désormais des deux côté de l’Atlantique. On en débat aux Etats-Unis où l’idée d’armer l’Ukraine progresse de jour en jour bien que l’exécutif n’ait pas encore tranché. On en débat en Europe où les gouvernements allemand et français ne sont pas les seuls à y rester opposés mais où le « non » n’est plus du tout unanime. On en débat tant que le président ukrainien disait hier ne plus aucunement douter que l’Europe et les Etats-Unis arment bientôt son pays mais quels sont les arguments des uns et des autres ? Ceux qui sont contre font valoir qu’il n’y a pas de solution militaire à ce conflit, qu’il faut donc encore laisser du temps à la diplomatie malgré une année d’échecs et que si l’on sait comment une guerre commence, on ne sait jamais quand et comment elle finit. C’est ce dernier argument qui est le plus fort parce qu’il est vrai que, lorsqu’on s’engage dans un conflit, même indirectement, ce n’est pas pour le perdre, que des livraisons d’armes on passe vite à l’envoi d’instructeurs pour enseigner leur maniement et que l’Europe, les Etats-Unis ou les deux pourraient ainsi se retrouver en guerre avec la Russie par un simple effet d’engrenage dont l’histoire fournit plus d’un exemple. Les raisons de ceux qui sont contre ne sont certainement pas à négliger mais ceux qui sont pour en ont aussi de solides. Dans cette crise, disent-ils, la plus grande erreur commise par les Occidentaux a été de publiquement écarter d’emblée toute idée de soutien militaire à l’Ukraine. Vladimir Poutine a pu légitimement en conclure qu’il avait les mains libres pour passer de l’annexion de la Crimée à la création d’un sécessionnisme des régions orientales de ce pays.Au bord de la faillite économique et sans vraies forces armées à même de faire face à l’armée russe, poursuivent-ils, l’Ukraine est en train d’être dépecée et, si les Etats-Unis et les Européens laissent faire, ce n’est pas seulement qu’ils auront abandonné un peuple qui manifestait sous le drapeau de l’Union. C’est aussi que Vladimir Poutine pourra imposer à tous les Etats sortis de l’URSS une reconstitution de l’Empire russe par la contrainte et que les Occidentaux auront alors reculé pour plus mal sauter. Deux argumentaires s’opposent. Une fracture pourrait ainsi s’opérer non seulement entre les Etats-Unis et l’Union mais au sein même de l’Union. Il faut l’éviter, ne pas offrir une double victoire à Vladimir Poutine, et la sagesse serait donc d’explorer une troisième voie consistant à la fois à ne pas refuser à l’Ukraine les moyens de se défendre et à proposer un compromis global à la Russie. Rien n’empêcherait de dire dans le même temps à Vladimir Poutine qu’il ne peut plus impunément poursuivre son agression mais que, pourvu qu’il y mette terme, l’Alliance atlantique ne s’étendra pas jusqu’aux frontières russes et que l’Ukraine et la Géorgie, dans une neutralité militaire internationalement garantie, deviendront des ponts entre l’Union et la Fédération de Russie, entre ces deux piliers du continent qui pourront alors s’engager dans une coopération économique mutuellement bénéfique et nécessaire. Le choix reviendrait ainsi au président russe et ce choix, c’est devant son opinion qu’il aurait à le faire.

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