L’ultimatum de six pays européens dont la France au Président Nicolas Maduro a expiré dimanche soir sans résultat. Ces pays devraient reconnaître le président autoproclamé Juan Gaido, au risque de perdre leur capacité de médiation.

Manifestation monstre de l’opposition, samedi 2 février à Caracas, en soutien au président par interim autoproclamé Juan Gaido. A l’autre bout de la ville, le président officiel, Nicolas Maduro, réunissait ses propres partisans.
Manifestation monstre de l’opposition, samedi 2 février à Caracas, en soutien au président par interim autoproclamé Juan Gaido. A l’autre bout de la ville, le président officiel, Nicolas Maduro, réunissait ses propres partisans. © AFP / Federico PARRA / AFP

Personne n’imaginait Nicolas Maduro céder devant l’ultimatum de six pays européens, dont la France, qui lui demandaient d’organiser une nouvelle élection présidentielle. Cet ultimatum a expiré hier soir, et tout ce que le Président vénézuélien a proposé, c’est d’organiser de nouvelles … législatives, c’est-à-dire de renouveler l’assemblée dominée par son opposition ! 

L’impasse reste donc entière à Caracas, où les deux camps, celui du président officiel, et celui du président par interim autoproclamé Juan Gaido, ont mobilisé leurs partisans ce weekend. 

Pour les Européens, c’est donc l’heure de la décision, et c’est là que ça se complique. Les pays qui ont lancé l’ultimatum - L'Allemagne, l'Espagne, la France, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni- menaçaient de reconnaître Juan Gaido si Nicolas Maduro refusait la demande européenne. C’est donc logiquement ce qui devrait se passer.

Cette reconnaissance n’aura aucune conséquence immédiate, sinon que ça fera basculer les pays européens concernés dans le camp conduit par les États-Unis et Donald Trump, très en flèche sur la crise vénézuélienne.

Et c’est là qu’on peut s’interroger sur le bienfondé de cette initiative. Non pas sur le fond, car il ne fait pas de doute que le régime de Maduro est à bout de souffle et a perdu sa légitimité populaire ; mais sur la forme, dans un contexte où le risque de violence n’est jamais loin.

Car parallèlement à l’initiative des « six », l’Union européenne a créé un « groupe de contact », dont fait également partie la France, afin d’aider à l’organisation d’une nouvelle présidentielle. Ce groupe tiendra sa première réunion jeudi à Montevideo, une capitale qui ne s’est pas alignée sur la ligne dure des États-Unis et de la majorité des latino-américains.

Selon Fédérica Mogherini, la représentante des « 28 », ce groupe « vise à contribuer à créer les conditions nécessaires à l’émergence d’un processus politique et pacifique ».

L’Europe, une nouvelle fois, ne parvient pas à afficher une attitude cohérente. Car d’un côté elle s’offre en médiatrice ; de l’autre, une partie de ses membres ont déjà tranché sur la transition politique à Caracas.

N’était-il pas plus utile pour elle de s’efforcer par la médiation de désamorcer une crise potentiellement destructrice, plutôt que de s’engager sur la pente glissante de la reconnaissance unilatérale?

Car le précédent qui est établi au Venezuela risque de revenir en boomerang sur d’autres continents. On pense par exemple à la République démocratique du Congo et à son président élu récemment dans des conditions très troubles. Comment échapper au reproche de double standards qui ne manquera pas de surgir ?

Enfin, alors que Donald Trump a déclaré hier qu’une action militaire américaine était une option au Venezuela, les Européens sont-ils bien fondés à se mettre dans la roue des États-Unis qui ont un agenda bien à eux en Amérique latine ? 

L’Europe a toutes les raisons d’être une force de médiation et de modération dans cette crise ; et aucune raison d’ajouter de l’huile sur le feu au Venezuela.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.