Après le grave incident d’hier, faisant des dizaines de morts, seul Vladimir Poutine peut empêcher les armées turque et syrienne d’en découdre dans l’enclave syrienne d’Idlib, sur fond de catastrophe humanitaire.

Cette photo prise le 3 février 2020 montre des panaches de fumée dans le village syrien d'al-Nayrab, à environ 14 kilomètres au sud-est de la ville d'Idlib lors d'un bombardement par les forces gouvernementales syriennes et ses allliés
Cette photo prise le 3 février 2020 montre des panaches de fumée dans le village syrien d'al-Nayrab, à environ 14 kilomètres au sud-est de la ville d'Idlib lors d'un bombardement par les forces gouvernementales syriennes et ses allliés © AFP / Omar HAJ KADOUR

Nous parlons régulièrement de la situation dans l’enclave d’Idlib, située dans le nord-ouest de la Syrie, où vivent trois millions de Syriens, dont de nombreux réfugiés d’autres provinces. Hier, l’internationalisation du conflit dans ce bout de territoire frontalier de la Turquie, a dégénéré en affrontements meurtriers.

La Turquie a annoncé que ses forces, présentes dans cette enclave où elles soutiennent, de fait, les derniers rebelles syriens, ont subi des tirs d’artillerie de l’armée syrienne de Bachar el-Assad qui tente de reprendre la région. Ankara a annoncé avoir perdu huit hommes, et, en représailles, a ciblé des positions syriennes, faisant 76 victimes. C’est l’affrontement direct le plus grave entre Turcs et Syriens depuis le début de la guerre il y a huit ans.

Cette soudaine escalade vient rompre une règle tacite de non-engagement entre Turcs et Syriens, garantie par la Russie, « parrain » de Damas et qui entretient une relation étroite avec Ankara. 

L’armée syrienne a lancé depuis deux mois une nouvelle offensive terrestre pour reprendre le contrôle de cette région qui lui échappe, et qui est principalement aux mains de groupes djihadistes. L’avancée du régime d’Assad est appuyée par l’aviation russe, faisant au passage de nombreuses victimes civiles.

L’armée turque, pour sa part, est présente depuis 2018 dans l’enclave d’Idlib, une présence sur douze positions dans une zone tampon le long de la frontière, négociée avec la Russie entre les deux présidents, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.

Le risque de victimes délibérées ou accidentelles entre deux armées, la turque et la syrienne, qui s’observent en chien de faïence depuis des années, a toujours existé. Hier, ça a donc dégénéré.

Seul Vladimir Poutine peut éviter l’embrasement. Il joue un jeu complexe et pas toujours compris par les acteurs locaux et le reste du monde. Mais il est le seul à pouvoir demander à l’armée syrienne de stopper ses tirs d’artillerie - sans la Russie le régime de Damas se serait effondré depuis longtemps ; et il est aussi le seul à dialoguer parallèlement avec Erdogan, président d’une Turquie membre de l’OTAN, mais qui a acheté le système russe anti-missiles S-400.

Depuis plusieurs jours, Ankara reproche à la Russie de ne pas respecter ses engagements en « couvrant » l’offensive syrienne. Le grave incident d’hier montre que le statu quo est menacé, sans que Moscou n’ait avancé de solution de remplacement.

Cette situation provoque, on s’en doute, une catastrophe humanitaire. Plusieurs centaines de milliers de personnes sont en mouvement, prises entre la frontière turque fermée, et l’offensive syrienne. Médecins sans frontières parle d’un « Tsunami humain » et d’hôpitaux bombardés quotidiennement. 

Poutine, en pyromane et arbitre des cessez-le-feu non respectés, aurait sans doute le pouvoir de mettre fin à la catastrophe humanitaire ; Mais dans la partie régionale complexe qu’il mène depuis cinq ans, le maître du Kremlin a d’autres priorités.

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