Le classement annuel de la démocratie révèle l’impact politique de la pandémie, faisant régresser de nombreux pays dont la France. Seuls 8,4% de la population mondiale vivent en "démocratie à part entière".

Graffiti orwellien sur une devanture de restaurant fermé pour cause de pandémie à Paris, en décembre 2020.
Graffiti orwellien sur une devanture de restaurant fermé pour cause de pandémie à Paris, en décembre 2020. © AFP / JOEL SAGET / AFP

Le coronavirus est mauvais pour la santé ; il est aussi mauvais pour la démocratie. On s’en doutait, mais le rapport annuel de The Economist Intelligence Unit, le centre de recherche du magazine britannique du même nom, l’étaye avec des données chiffrées.

Et au passage, la France passe de « démocratie à part entière » à « démocratie défaillante ». Il n’a fallu qu’une perte de quelques points pour changer de catégorie, et porter un coup au prestige national d’un pays qui s’offre trop souvent en modèle au reste du monde.

Comment en est-on arrivé là ? D’abord un point sur la méthode. Ce classement annuel de la démocratie mondiale concerne 165 pays, classés en quatre types de régimes : la démocratie à part entière, avec la Norvège en tête ; la démocratie défaillante où la France cohabite avec plusieurs autres Européens comme la Belgique ou l’Italie, mais aussi avec les États-Unis ; les régimes hybrides, et enfin les régimes autoritaires.

Pour établir ce classement, cinq catégories de critères : 

  • le processus électoral ;
  • le pluralisme ; 
  • les libertés civiques ; 
  • le fonctionnement du gouvernement, 
  • la participation politique et la culture politique. 

Le classement 2020 porte évidemment la marque du coronavirus.

C’est la plus mauvaise année pour la démocratie depuis que le centre de recherche a lancé son index il y a quinze ans. Et le rapport attribue principalement la dégradation aux restrictions de liberté provoquées par la pandémie - mais pas seulement. Ainsi, la France oscille depuis plusieurs années entre les deux catégories, démocratie à part entière ou défaillante, ce qui montre qu’il n’y a pas que le coronavirus.

On pourrait discuter à l’infini pour savoir si couvre-feux, confinements, fermetures de frontières, et toutes les restrictions imposées pour lutter contre la pandémie, sont des atteintes aux libertés. Elles le sont techniquement, sans nul doute, et jouent sur le classement ; même si, dans les démocraties au moins, elles ont été votées par les parlements, et sont acceptées par des citoyens sans doute résignés, mais majoritairement consentants.

Mais dans bien des pays, les restrictions vont plus loin, elles s’accompagnent de mesures de censure, d’arrestations, comme celle des lanceurs d’alerte et des blogueurs chinois aux débuts de la pandémie, ou encore d’une vie démocratique moins intense, les municipales françaises en ont été un exemple.

Les conclusions sont de deux ordres : 

  1. d’abord que les citoyens devront faire preuve de vigilance pour retrouver tous leurs droits et toutes leurs libertés une fois la pandémie surmontée. Cela n’est pas gagné partout.
  2. Mais surtout, tout ceci montre à quel point la démocratie reste un acquis fragile, l’après-élections américaines l’a montré ; mais aussi le fait que plusieurs pays ont régressé ; et qu’il n’y a que 8,4% de la population mondiale dans la catégorie « démocratie à part entière ». C’est peu, c’est inquiétant.

Un coup de chapeau au pays qui a connu la plus forte progression dans le classement en 2020, et a fait son entrée parmi les « démocraties à part entière » ; il a parfaitement géré la pandémie alors qu’il n’est reconnu que par une poignée d’États : il s’agit de Taïwan, l’île revendiquée par la Chine. Comme quoi on peut vivre sous la menace et renforcer sa démocratie, une belle leçon venue d’Asie.

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