Imaginons. Imaginons un instant qu’il y a neuf jours, lorsque que la catastrophe que l’on sait s’est abattue sur tant de pays asiatiques, l’Union européenne se soit déjà dotée d’un service d’urgence international. La cellule de veille mise en place dans l’une des grandes villes d’Europe, à proximité d’un grand nœud aérien, aurait immédiatement pu mobiliser et, surtout, coordonner l’ensemble des organisations gouvernementales et non-gouvernementales de tous les pays de l’Union, cibler les zones d’intervention de chacune d’entre elles et leur assigner des tâches précises en fonction de leurs points forts, médecins ici, pompiers là, hôpitaux de campagne ailleurs. Fort d’un statut, de la volonté politique qui aurait présidé à sa création, ce Samu international de l’Europe aurait parallèlement pu faire appel, suivant des procédures fixées à l’avance, aux moyens de transport dont disposent les armées européennes. Il n’aurait pas fallu des jours et des jours de réunions fiévreuses et d’improvisation pour qu’un navire européen, français en l’occurrence, vogue vers l’Asie. On n’aurait pas découvert si tard que des régions entières, oubliées, restées à l’écart, n’avaient pas encore vu arriver l’ombre d’un secours. Des hélicoptères auraient été sur place infiniment plus vite, ces hélicoptères qui manquent si cruellement pour faire parvenir jusque dans les villages coupés du monde l’aide qui s’accumule dans des hangars d’aéroport. Les morts n’en auraient pas été ressuscités. Cette tragédie ne s’en serait pas moins produite mais on aurait pu sauver un bien plus grand nombre de vies. Ce si bel élan de solidarité auquel nous assistons depuis huit jours aurait été, en un mot, autrement plus efficace. Ce Samu international, l’Europe peut s’en doter. Cela ne coûterait pas si cher et, en tout cas, moins cher que l’improvisation. On pourrait même, comme Bernard Kouchner avait commencé à le faire quand il était ministre, créer des antennes de ce Samu sur les différents continents et prépositionner des stocks de matériel. Saisissant l’occasion de ce drame, la France pourrait très vite commencer à réfléchir à l’organisation de ces blouses bleues, bleues comme l’Europe. Elle pourrait sans tarder - puisque Jacques Chirac s’est maintenant prononcé en faveur de cette idée - faire des propositions, concrètes et chiffrées, à ses vingt-cinq partenaires, quelques uns d’abord, tous ensuite, et si tous ne voulaient ou ne pouvaient pas suivre immédiatement, ce Samu pourrait être néanmoins crée dans le cadre d’une coopération renforcée, d’un groupe d’Etats de l’Union allant plus vite et plus loin que d’autres comme il en existe déjà dans beaucoup de domaines. Quand l’Europe aura fait cela, d’autres puissances et organisations régionales devront suivre son exemple et un Samu mondial s’esquissera bientôt. Le jour où l’Europe aura fait cela, son prestige international, déjà tellement plus grand que les Européens ne l’imaginent, en sera décuplé. Elle pourra être fière d’elle, se voir à l’œuvre, avoir un peu plus envie d’être à la hauteur de l’attente qu’elle suscite.

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