Une révolution gronde en Iran. Cela ne veut pas dire qu’elle l’emportera vite car le pouvoir a le monopole de la force et contrôle la presse et l’appareil judiciaire. Cela ne signifie pas même que ce pouvoir sera bientôt contraint au compromis auquel l’appelle l’opposition. On ne peut pas même exclure qu’il procède à des exécutions pour l’exemple afin de tenter d’intimider les contestataires. On en n’est sans doute qu’au début d’une longue, peut-être très longue épreuve de force mais trois raisons disent que c’est bel et bien d’une révolution qu’il s’agit, du dernier chapitre de l’histoire de ce régime. La première est que cette rupture entre le pays légal et le pays réel qui se voit aujourd’hui dans la rue ne date pas de la falsification de la présidentielle de juin. Elle remonte au printemps 1997, lorsque la candidature à la présidence d’un ancien ministre réformateur de la Culture, Mohammad Khatami, avait soulevé un tel enthousiasme que 70% des Iraniens avaient voté pour lui, pour plus de tolérance et de libertés. Bien que cet avocat du « dialogue des civilisations » ait été totalement empêché d’agir par la superstructure religieuse qui coiffe et encadre les institutions républicaines, bien qu’il n’ait pratiquement pu tenir aucune de ses promesses, Mohammad Khatami avait été réélu dans ce qui avait pris les apparences d’un référendum en faveur du changement et lorsque la Constitution lui avait interdit, en 2005, de briguer un troisième mandat, les Iraniens avaient massivement boudé les urnes. C’est ainsi que le candidat des ultras, Mahmoud Ahmadinejad, avait pu parvenir à la présidence mais la fraude éhontée qui l’a réélu en juin a consommé le divorce entre le régime islamique et les Iraniens qui manifestent désormais au cri de « République iranienne » – « iranienne » et non plus islamique. Il y a, en fait, treize ans que dure cette crise. On en est maintenant à sept mois de manifestations dans un nombre toujours plus grand de villes. La crise s’est accélérée, approfondie, et la deuxième raison qui en fait une révolution est que le pouvoir en place est aussi divisé que l’opposition est unie. Ce n’est pas seulement qu’une irrémédiable cassure s’est produite entre les courants réformateurs et conservateurs du régime et que les premiers soient aujourd’hui devenus l’opposition. C’est surtout que les conservateurs sont eux-mêmes divisés entre réalistes et ultras, que le Parlement, hier encore, a désavoué Mahmoud Ahmadinejad sur un projet de loi de Finances et que les plus hauts dignitaires religieux, surtout, se démarquent les uns après les autres d’un régime dans lequel ils ne peuvent plus se reconnaître. Lorsque la détermination est en bas et la division en haut, cela s’appelle une révolution. Et puis, ce pouvoir, enfin, n’a plus de bonne option. S’il n’accentue pas la répression, l’opposition s’enhardira encore. S’il l’accentue, ses propres divisions s’aggraveront alors que les finances iraniennes sont en piteux état et que l’Onu s’apprête à décréter de nouvelles sanctions économiques en raison du nucléaire. Rejeté par son peuple, divisé, en butte aux grandes puissances, ce pouvoir s’épuise à se survivre.

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