On lisait une profonde inquiétude, presque une angoisse, dans cet article. Ancien conseiller pour la sécurité nationale du président Carter, analyste remarquable et, souvent, prophétique des évolutions géopolitiques, Zbigniew Brzezinski constatait hier, dans le New York Times, la dégradation des relations sino-américaines. Nos deux pays, disait-il, se reprochent de plus en plus durement de mener des politiques économiques contraires aux règles internationales, les ambitions asiatiques de la Chine préoccupent les Etats-Unis et leur suspicion réciproque grandit si bien que le soutien américain à l’Inde suscite, en ce moment même, un renforcement du soutien chinois au Pakistan. C’est une situation d’autant plus dangereuse, poursuivait-il, que les difficultés intérieures de la Chine et des Etats-Unis nourrissent cette dégradation de leurs relations qui est aussi pernicieuse pour eux que pour la stabilité de l’Asie. Il faut donc redresser la barre au plus vite, concluait-il en prônant l’établissement d’un « partenariat » sino-américain fondé sur des compromis négociés entre les intérêts économiques et stratégiques des deux superpuissances du Pacifique et imposé, écrivait-il, par « l’impératif moral » auquel oblige le niveau d’interdépendance sans précédent qu’atteint ce siècle. L’Europe devrait méditer ce texte. Il n’est pas seulement important par l’alerte qu’il sonne sur une tension grosse de conflits en chaîne mais aussi par l’alternative qui s’y lit. Ou bien Américains et Chinois parviennent à bâtir ce partenariat que Zbigniew Brzezinski appelle de ses vœux et le poids de l’Europe dans le monde deviendra définitivement secondaire ou bien ils y échouent et l’Europe deviendra l’otage impuissant de leur affrontement. Quelle que soit la profondeur historique de nos liens avec les Etats-Unis, quelle que soit notre parenté culturelle et la solidarité qui en découle, ce ne peut plus être et n’est déjà plus la relation transatlantique qui prime à Washington. C’est désormais la relation transpacifique qui est la plus importante pour les Américains et nous autres Européens ne pouvons plus nous dispenser de tenter d’équilibrer cette réalité en cherchant à nous inscrire, nous aussi, dans un partenariat qui nous renforce. Un jour, sans doute, y parviendrons-nous avec nos voisins africains et proche-orientaux mais le retard de l’Afrique et la crise identitaire du monde arabo-musulman nous interdisent pour longtemps encore de tabler sur cette possibilité. En attendant de pouvoir miser sur le Sud et en faisant tout, bien sûr, pour y parvenir le plus tôt possible, c’est donc vers l’Est qu’il faut tourner nos regards, vers cette Russie que la Chine inquiète et qui ne cesse plus de nous dire à quel point elle veut s’arrimer à nous. Ce partenariat, la Russie nous le propose sur tous les tons. Elle l’a permis en se rapprochant de la Pologne. Elle le veut car elle a autant besoin d’investir ses revenus énergétiques et de s’équiper que nous avons besoin de son pétrole. Avec elle, c’est tout le continent européen que nous pourrions stabiliser, organiser et dynamiser. Ce partenariat européen est autrement moins complexe et tout aussi urgent que celui qui s’impose, en effet, à la Chine et l’Amérique.

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