Efficacité politique ou pureté idéologique, c’est un choix difficile qu’affronte la droite américaine. D’un côté, pour battre Barack Obama le 6 novembre prochain, pour réaliser la seule ambition qui l’unisse et la mobilise vraiment, il lui faut se donner un candidat suffisamment rassurant et modéré pour pouvoir attirer les électeurs indépendants, ce centre qui balance à chaque élection entre Démocrates et Républicains, et mordre, surtout, sur l’aile la plus conservatrice de l’électorat démocrate, celle que Ronald Reagan, par exemple, avait si bien su séduire dans les années 80.

Si la politique n’était faite que de raison, c’est ce qu’auraient déjà fait les Républicains en se rangeant comme un seul homme derrière Mit Romney et donnant hier, dans l’Iowa, une claire avance à ce richissime entrepreneur et conservateur classique qui avait su devenir, en 2003, gouverneur du Massachusetts, le plus libéral des Etats américains, c’est-à-dire, aux Etats-Unis, le plus à gauche.

Avec ses tempes argentées et son sens du compromis, son sourire de président et son physique avantageux, Mit Romney est l’homme qui pourrait battre Barack Obama mais il est mormon, ce qui ne plaît pas du tout à la droite chrétienne, catholique ou protestante ; le Massachusetts, contre son gré mais tout de même, a autorisé le mariage homosexuel quand il en était gouverneur et, crime des crimes, il avait alors promu une loi généralisant la couverture médicale dans cet Etat, une loi très semblable à celle qu’a fait passer Barack Obama au début de son mandat.

Aux yeux de la droite républicaine, cela fait de Mit Romney une sorte de socialiste et certainement pas le vrai conservateur, pur et dur, dont elle rêve pour refaire de l’Amérique un pays d’individus, libres et responsables de leur destin, gouvernés par Dieu et non pas par un Etat incarnant le début du communisme.

Les Européens ont parfois du mal à s’en convaincre mais la très nombreuse et battante droite de l’électorat républicain est encore profondément marquée, toujours plus depuis une trentaine d’années, par l’esprit des premiers pionniers qui n’attendaient rien de l’Etat et tout de leurs armes et de la Bible pour construire leur vie. Cette droite est profondément réactionnaire, favorable à un retour au passé, et c’est pour cela, en vertu de cette idéologie, que Rick Santorum, ancien sénateur de Pennsylvanie, a obtenu hier, dans l’Iowa, un score semblable - un quart des suffrages chacun - à celui de Mit Romney, qui ne le devance que de huit voix.

Père de sept enfants et pilier du groupe chrétien traditionaliste The family, Rick Santorum est devenu un héros de la droite religieuse en pourfendant l’avortement et la « sodomie » et c’est un libertarien, Ron Paul, élu du Texas, qui est arrivé en troisième position avec 21% des voix. Les libertariens sont les conservateurs les plus radicalement hostiles à l’Etat et à toute règle limitant la liberté individuelle. C’est ainsi la droite la plus à droite qui est sortie divisée mais en tête de ce premier round des primaires. Si cette tendance se confirmait, mais cela reste à voir, Barack Obama aurait de bonnes chances d’être réélu.

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