C'est l'émigration de centaines de milliers de Turcs qui a retenu votre attention ce matin...

Un quart de million de Turcs ont choisi l'exil en 2017, c'est-à-dire 42% de plus qu'en 2016. Et 2018 ne devrait pas renverser cette tendance haussière. Rien de grave, si l'on considère que la population turque est de 80 millions d'habitants.

Après tout 80 000 Français choisissent aussi de s'expatrier tout les ans. Mais justement, le chiffre turc est trois fois plus élevé alors que la population turc est juste un petit quart plus importante que la nôtre. Enfin, il y a la qualité de ceux qui émigrent :

Ce sont avant tout des étudiants, des ingénieurs, des businessmen, des professeurs, bref, la partie la mieux formée et aussi le plus riche de la population turque : c'est simple, depuis 2016, un millionnaire turc sur 6 a fui le pays, avec argent et bagages.

J'imagine que l'autoritarisme d'Erdogan y est pour beaucoup...

Un autoritarisme qui s'est emballé le coup d'Etat raté de juillet 2016. Depuis, le pays a été mis en coupe réglée par le Premier ministre, puis le président Tayyip Erdogan : des dizaines de milliers de fonctionnaires, de militaires, de professeurs ont été destitués.

La Turquie est la plus vaste prison pour journalistes au monde, avec plus de 150 prisonniers. D'où la grinçante ironie à voir le régime d'Erdogan prendre fait et cause pour le journaliste saoudien Khashoggi tué à Istanbul par des sbires envoyés par Ryad.

Faute de pouvoir peser sur l'avenir de leur pays ou encore de s'y sentir libre, la fine fleur de l'intelligentsia et des affaires vote avec ses pieds. Direction Londres, Berlin mais aussi Athènes ou Lisbonne qui ont des programmes dits de « passeports en or ».

Il y aussi des raisons purement économiques...

C'est vrai ! Après des années de croissance, l'économie turque traverse une mauvaise passe. En un an, la livre turque à perdu un peu moins d'un tiers de sa valeur. Si vous ajoutez un chômage de masse persistant, vous obtenez un cocktail explosif.

Mais ça n'explique pas la jeunesse et surtout la qualité de ce que les Turcs appellent déjà une « fuite massive des cerveaux » particulièrement dommageable pour un pays qui a cruellement besoin de ses cadres et de ses entrepreneurs.

Pour tout dire, la Turquie n'est pas le seul pays à subir cette fuite des cerveaux. La Russie en est aussi victime. Bon an mal an, 300 000 Russes choisissent l'exil. Destination Londres, New York et aussi Madrid, qui est devenu une destination de choix.

Là aussi, c'est la crise qui pousse les Russes à émigrer...

C'est toujours vrai ! Cette hémorragie s'est cristallisée à compter de 2014 et la chute des prix du pétrole, ce qui pour la Russie est une catastrophe. Mais ça n'explique toujours pas qu'un tiers des étudiants russes veulent émigrer, comme un Moscovite sur cinq.

En fait, je dirais que cette émigration de l'intelligence est le prix à payer de l'autocratie et de la brutalité. D'un côté la « grandeur » retrouvée de la Russie et de la Turquie et de l'autre, à bas bruit, des passeports qu'on délivre par centaines de milliers.

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