Signe de l’inquiétude croissante des Etats-Unis, les missions sénatoriales se multiplient en Irak. De retour à Washington, les sénateurs livrent leurs impressions à la presse toujours plus sombres, voire alarmistes. « Je ne pense pas que nous puissions réussir, vient ainsi de déclarer, hier, le sénateur Rockefeller, si l’Administration et le Congrès ne disent pas franchement au peuple américain que cela va prendre du temps, coûter de l’argent et exiger de la détermination ». Cela revenait à dire que les Etats-Unis auront du mal à bien se sortir de cette intervention mais le sénateur Levin, influente personnalité démocrate de la Commission des forces armées, est allé plus loin. « Nous devons davantage tendre la main à d’autres nations, a-t-il déclaré, et mettre, tout d’abord, fin à notre querelle avec l’Allemagne et la France ainsi qu’avec les Nations-Unies ». « Nous devons rechercher, a-t-il insisté, l’aide de ces pays ainsi que le soutien et la participation de l’Otan et de l’Onu ». C’est un démocrate qui parlait, là, un opposant qui a naturellement en tête les élections de 2004, mais outre que l’idée d’un rapprochement avec Paris et Berlin devient apparemment vendable aux électeurs, outre qu’il y a, là, un signe politique important, ce thème de la nécessité de reprendre langue avec l’Europe, de retrouver un terrain d’entente avec elle, montre à Washington. De plus en plus critiques sur la conduite de l’après-guerre, les éditorialistes le mettent en avant. Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, souhaite ouvertement que l’Otan s’implique en Irak aux côtés des Américains et certaines des figures de l’aile droite du parti républicain en sont désormais à qualifier de « catastrophique » la situation irakienne et à lancer des ballons d’essai sur l’envoi de troupes françaises et allemandes à Bagdad. La raison en est simple. Les primaires débutent en février prochain. Il y a maintenant, une moyenne de treize incidents violents par jour en Irak et, à ce rythme, la crise irakienne occupera une place majeure dans la campagne présidentielle. La Maison-Blanche doit trouver le moyen de se défausser et, comme un retrait précipité n’est guère envisageable, Georges Bush doit impérativement internationaliser le problème mais comment ? Il le pourrait sans difficultés en revenant devant l’Onu pour demander au Conseil de sécurité de prendre la situation en mains. Aucune grande capitale ne s’y opposerait. Personne ne veut jouer la politique du pire, laisser les Etats-Unis s’embourber et l’Irak plonger dans le chaos mais, pour mobiliser l’Onu, la Maison-Blanche devrait accepter de négocier un plan de sortie de crise avec les membres du Conseil. Elle devrait non seulement manger son chapeau mais en revenir aussi au multilatéralisme, à cette concertation internationale dont l’équipe républicaine ne veut plus. Les Démocrates le souhaitent mais la Maison-Blanche n’en est pas là et, pour l’heure, Georges Bush va, d’abord, tenter de diviser l’Otan, l’Europe aussi peut-être, en leur demandant d’appuyer les Etats-Unis sans nouvelle résolution du Conseil de sécurité. L’empoignade autour de l’Irak n’est pas finie.

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