Vladimir Poutine adopte la politique des pourboires.

Par Anthony Bellanger.

Effectivement : pas plus tard que vendredi dernier, les Etats-Unis ont fait parvenir à Moscou une sorte de supplique assez inhabituelle : s'il vous plait, M. Poutine, cessez de bombarder nos alliés en Syrie.

En fait, cette demande de coopération renforcée est le signe du triomphe de Vladimir Poutine. Depuis 2 ans, la Russie est isolée par des sanctions suite à l'annexion de la Crimée et à sa guerre à l'Est de l'Ukraine.

Depuis 2 ans donc, le seul et unique but de la diplomatie russe est de rompre cet isolement. Pour cela, Poutine semble avoir lu les livres d'Histoire de France et notamment la « politique des pourboires » de Napoléon III.

La politique des pourboires ça consiste à obtenir des concessions territoriales ou diplomatiques en échange d'une intervention militaire ou de sa neutralité. C'est comme ça que Napoléon III a obtenu de l'Italie Nice et la Savoie.

Et c'est ce que fait Poutine ?

C'est exactement le sens de la demande de collaboration américaine : que voulez-vous en échange de votre intervention en Syrie ? La semaine dernière Poutine s'est aussi rabiboché avec la Turquie d'Erdogan.

Mais là, c'est moins une affaire de « donnant – donnant » que la réconciliation de deux éclopés de la politique internationale qui ont compris qu'ils ne pouvaient pas se passer l'un de l'autre.

Cette politique des pourboires façon Poutine commence aussi à porter ses fruits avec l'Union européenne. L'Allemagne aurait déjà élaboré un plan de sortie de sanctions qui pourrait commencer dès cette année.

En échange, la Russie devra appliquer 100% du plan de paix pour l'Ukraine signé à Minsk. Le pourboire de Poutine ? La Crimée, passée par perte et profit. Personne ne le dira mais personne n'ira non plus se battre pour Sébastopol.

Et l'Union européenne se pliera à ce plan ?

D'abord, depuis quelques années l'Union européenne a largement sous-traité sa politique vis-à-vis de la Russie à l'Allemagne. Donc ce que veut l'Allemagne pour la Russie, Bruxelles le veut.

Ensuite, les seuls à rééquilibrer la volonté allemande était les Britanniques, très remontés contre la Russie. Or, depuis le Brexit, ils sont aux abonnés absents.

Restent les Pays-Bas, figurez-vous. Les Bataves ne lâchent rien. Jamais. Souvenez-vous de Srebrenica. Vingt ans après la fin des guerres de l'ex-Yougoslavie, les Pays-Bas mettaient encore leur veto à la moindre négociation avec la Serbie.

Ils exigeaient que Belgrade livre Mladic et Karadzic. Ils ont obtenu gain de cause. Même chose avec l'affaire du vol MH17 abattu dans le ciel ukrainien : 193 Néerlandais tués. Tant qu’ils n’obtiendront pas une parfaite collaboration de Moscou, ils bloqueront tout.

Les Néerlandais et leur ténacité, c'est donc le caillou dans la chaussure de Vladimir Poutine. Le seul qui l'empêche encore de collecter son pourboire européen.

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