Où l'on voit que le président français se trompe beaucoup sur les causes des chaos proche-orientaux  

Ce n’était pas le cœur de son propos mais il ne les a pas totalement ignorées. En s’adressant aux deux Chambres, Emmanuel Macron a également abordé, hier, ses politiques européenne et étrangère pour réaffirmer, bien sûr, la priorité qu’il donne à une relance politique de l’Union et prononcer aussi, sur la Proche-Orient, deux phrases méritant citation et discussion.

« Il faut savoir dans toutes ces régions parler à toutes ces puissances pour trouver une issue et la construire », a-t-il dit. « Je ne vous proposerai pas, a-t-il ajouté, de nous substituer à d’autres peuples parce que nous voudrions ailleurs imposer nos principes et nos valeurs car je ne veux pas qu’apparaissent de nouveaux Etats faillis. »

Alors, oui, bien sûr qu’il faut parler à tous les Etats du Proche-Orient mais pourquoi seulement aux Etats alors que le fait nouveau, dans cette région, est le réveil des peuples ?

Depuis la révolution verte qui avait mis l’Iran dans la rue en 2009, toutes les terres d’Islam ont été secouées par des mouvements se réclamant des valeurs universelles de liberté, d’Etat de droit et de démocratie.

Deux ans après l’Iran, c’étaient les révolutions arabes. Deux ans après les révolutions arabes, c’étaient les manifestations de la place Taksim à Istanbul et l y a moins de deux mois encore, l’Iran s’est à nouveau mobilisé pour réélire, dès le premier tour, le réformateur Hassan Rohani à la présidence de la République.

Sauf en Tunisie, tous ces mouvements sont étouffés ou sauvagement réprimés mais il faudrait être aveugle et sourd pour ne voir qu’ils ressurgiront immanquablement car les nouvelles générations de l’islam ne veulent pas plus des dictatures que de la terreur djihadiste. Sous la cendre, une révolution démocratique couve en terres d’Islam et la France ne devrait s’adresser qu’aux Etats du Proche-Orient, à ses dictatures, et ignorer une jeunesse, pourtant si majoritaire, qui aspire à nos valeurs car elle les partage ?

Ce ne serait pas parier sur l’avenir mais sur le passé.

Emmanuel Macron ne veut pas d’autres Syrie, d’autres Libye, d’autres Etats faillis. C’est ce que dit l’autre de ses deux phrases mais c’est par la faute de son dictateur que la Syrie est le plus failli des Etats. Quant à la Libye, elle serait une autre Syrie si Mouammar Kadhafi y était toujours aux commandes et si elle est désormais en pleine anarchie, c’est que les grandes puissances s’en sont retirées après sa mort au lieu de la stabiliser en y restant.

Emmanuel Macron parait dire et croire que ce serait un interventionnisme occidental qui aurait provoqué les chaos proche-orientaux mais s’il est absolument vrai que l’aventure irakienne de Georges Bush les a précipités, ils sont d’abord le fruit de l’épuisement des dictatures, de leur rejet populaire et d’un changement de générations.

Ce n’est pas en voulant refermer le couvercle qu’on stabilisera cette région. C’est en accompagnant son évolution c’est-à-dire aussi bien en parlant à ses Etats qu’en disant à ses peuples que la France et l’Europe, parce qu’elles sont des démocraties, sont solidaires de leur volonté de démocratie.

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