Le monde s’inquiète. Ni l’Inde ni le Pakistan ne veulent la guerre, moins encore une guerre nucléaire, mais le monde est, pourtant, à leur chevet, comme si l’apocalypse était pour demain. Aujourd’hui même, au Kazakhstan, les Présidents russe et chinois s’entretiennent en personnes avec le Président pakistanais et le Premier ministre indien. Ce même mardi, deux des plus hauts responsables américains partent pour la région, Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, qui fera un crochet par l’Europe et le Golfe, et Richard Armitage, le secrétaire d’Etat adjoint qui, lui, ne fera pas d’escales. Si ce n’est pas la panique, ca y ressemble car il y a cinq raisons de craindre un dérapage. La première est que si le chef d’Etat pakistanais veut calmer le jeu, une partie de ses généraux et la quasi-totalité de ses services secrets jouent au contraire l’affrontement. Ils souhaitent faire parler les armes car ils n’admettent pas que leur Président se soit rangé aux côtés des Etats-Unis après le 11 septembre et voudraient, à la faveur d’un conflit, susciter une solidarité islamique, donner corps à cette unité des musulmans de la région dont ils rêvaient lorsqu’ils soutenaient les Taliban dans l’espoir de créer, face à l’Inde, une zone d’influence pakistanaise englobant l’Afghanistan et l’ancienne Asie centrale soviétique. Non seulement ces hommes n’ont pas abandonné cette ambition mais sur place, au Cachemire, dans la région que l’Inde et le Pakistan se disputent depuis plus d’un demi-siècle, c’est eux qui sont aux commandes. S’ils veulent laisser à nouveau passer des commandos au Cachemire indien et jusqu’en Inde, s’ils veulent organiser de nouvelles provocations, ils le peuvent et facilement. Les incendiaires sont maîtres du jeu alors même qu’en Inde, deuxième raison d’inquiétude, le pouvoir et aux mains des nationalistes hindouistes, d’hommes enclins à vouloir imposer la puissance indienne non seulement aux 140 millions de Pakistanais mais également aux 150 millions de musulmans indiens. Le conflit est à la fois externe et interne, volatile et l’Inde, troisième inquiétude, peut être tentée de saisir tout nouvel incident pour aller régler les conflits intérieurs du Pakistan en lui infligeant une défaite militaire. Elle en a les moyens. Le risque, pour elle, serait calculé mais on entrerait alors là, quatrième sujet d’inquiétude, dans l’imprévisible le plus absolu car rien ne garantit qu’un Pakistan acculé ne recourrait pas à ses armes nucléaires, déclenchant immédiatement une riposte indienne. A en croire les militaires américains, l’échange ferait dix millions de morts et presque autant de blessés. C’est beaucoup mais bien des généraux pakistanais pensent, et disent, que ces chiffres seraient parfaitement acceptables au regard de la masse des deux populations. L’impensable n’est pas inconcevable et nul ne sait, cinquième raison d’avoir peur, ce que seraient les conséquences d’une telle tragédie dans une région incertaine et fragile. Que se passerait-il en Afghanistan ? Dans l’immensité indienne ? En Asie centrale ? Au Pakistan, constamment au bord de l’éclatement ? Que se passerait-il dans la Chine et la Russie voisines ? Impossible à prédire et le monde a raison dde s’inquiéter de s’inquiéter.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.