C’est un rituel. A chacun des sommets annuels du Groupe des huit pays les plus industrialisés du monde, les altermondialistes se mobilisent et des violences, minoritaires mais spectaculaires, éclipsent leurs débats et rassemblements. Avec quatre jours d’avance sur le sommet de Heiligendamm, ce fut déjà le cas, samedi, à Rostock mais, casseurs ou pacifiques, les altermondialistes se trompent de cible. Loin d’être le centre de décision qu’ils imaginent, sorte de comité central du capitalisme ou de conseil d’administration de l’entreprise monde, ces réunions du G-8 ne sont en fait qu’une survivance historique, théâtre d’ombres dont la première caractéristique est la vanité. G-6 à l’origine, lorsqu’il ne réunissait encore que les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France et l’Italie, ce sommet avait été conçu par Valéry Giscard d’Estaing en 1975, après le premier choc pétrolier. Il s’agissait dans son esprit d’offrir aux dirigeants des plus riches des démocraties la possibilité d’une concertation régulière mais informelle, d’un échange d’idées rendu nécessaire par le changement brutal qu’introduisaient à la fois l’augmentation du prix du pétrole et la fin du boom économique de l’après-guerre. Plus rien, à l’époque, n’allait de soi. Il fallait, déjà, relever de nouveaux défis et tâcher de définir une ligne de conduite économique commune aux pays les plus industrialisés. L’objectif était légitime, le format adéquat mais quand d’aussi hauts dirigeants se retrouvent dans un cadre inédit, ils suscitent immédiatement attentes et jalousies. Ceux qui n’en sont pas cognent à la porte, question de standing. La presse et les opinions publiques veulent voir des ordres du jour et des résultats. Elargi au Canada, le G-6 est devenu le G-7, lourde machine, mobilisant des centaines de fonctionnaires et, après que l’URSS se fut effondrée, ce sommet s’est ouvert à la Russie parce qu’on croyait encore, en 1998, à l’avènement d’un « nouvel ordre mondial » et que les 7 voulaient y associer un pays demeuré le plus étendu du monde et sa deuxième puissance nucléaire. Là encore, l’intention était bonne mais, alourdie par l’inflation bureaucratique et condamnée à faire semblant de décider, cette instance s’est ainsi adjoint un pays au poids économique très relatif et aux options politiques de plus en plus contraires aux siennes tandis qu’elle laissait de côté la Chine, l’Inde et le Brésil. Mercredi, à Heiligendamm, se feront face Georges Bush qui veut déployer un système anti-missiles en Europe et Vladimir Poutine qui menace de riposter en désignant de nouvelles cibles sur le continent. Le G-8 est loin de la concertation. Il n’a rien d’un directoire du monde. C’est une scène sur laquelle chacun joue sa carte et, avant tout, un exercice bien superflu.

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