La campagne s’achève demain, morne et sans passions. Même si la participation était, au bout du compte un peu plus forte que ne l’annoncent les sondages, bien moins d’un électeur sur deux ira voter et, dès avant dimanche, la conclusion parait donc s’imposer. Un divorce se consomme entre l’Europe et les Européens. Ce n’est pas, déjà, la rupture. Les Européens n’en sont pas à rejeter l’idée même de l’unité européenne mais, qu’ils trouvent l’Union trop dirigiste, comme les conservateurs tchèques ou britanniques, qu’ils la trouvent, à l’inverse, trop libérale ou qu’ils ne comprennent simplement plus rien à sa finalité et ses institutions, ils ne s’identifient plus à elle, s’en tiennent à l’écart, la boudent et ne veulent plus prendre part à des élections dont ils ne voient plus l’utilité. Cette conclusion-là est, malheureusement, irrécusable. A la nier, on ne ferait que nier les faits mais il y a, pourtant, une autre manière de voir les choses, un autre regard à poser sur cette campagne. Qui se souvient encore du nombre d’Européens qui dénonçaient l’introduction de la monnaie unique à cor et à cris ? On les a totalement oubliés aujourd’hui pour la bonne raison que l’euro est devenu la deuxième monnaie du monde, que son seul inconvénient est de s’être trop appréciée de la dégringolade du dollar et que, dans cette crise mondiale, il a préservé l’Europe de la répétition des temps où, à la moindre bourrasque, chaque pays européen dévaluait sa monnaie pour tenter de se sauver sur le dos des autres. L’euro, on l’a vu dans cette campagne, est devenu plus qu’une réalité, une évidence sur laquelle personne ne voudrait plus revenir et, de la même manière, où a-t-on entendu, malgré la crise, un seul courant politique d'importance prôner le rétablissement de barrières douanières entre pays de l’Union ? Certains, oui, proposent un protectionnisme européen, de plus fortes barrières douanières aux frontières communes, celles de l’Union, mais aux frontières nationales, non, personne, car le marché commun, comme l’euro, est devenu une évidence dont les avantages ne sont plus contestés. Loin d’avoir progressé, le souverainisme a reculé en Europe et si les Européens sont si fâchés avec l’Union, ce n’est pas à cause de ses accomplissements mais de la confusion dans laquelle elle patauge désormais, faute d’oser ou savoir aller de l’avant. La logique et la nécessité voudraient que l’Union élabore maintenant des politiques communes, pense sa croissance et son développement en commun et soit incarnée par un exécutif commun, procédant de l’électorat paneuropéen et responsable devant lui. On en est loin, encore très loin de cette lisibilité des institutions européennes qu’exigerait l’indispensable démocratie européenne hors de laquelle le divorce entre les Européens et l’Europe continuera, et légitimement, de s’approfondir. Pour cette fois-ci, c’est raté mais aux prochaines européennes, il faut des partis politiques paneuropéens qui se battent, sur leurs programmes, sur des propositions européennes, pour conquérir une majorité parlementaire et, par là, les commandes de la Commission.

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