Depuis la fin de la Guerre froide, la Russie n’a pas cessé d’hésiter sur sa place dans le monde et cela continue. Mikhaïl Gorbatchev voulait construire « la maison européenne », autrement dit une communauté de destin entre son pays et l’Europe occidentale en voie d’unification. Boris Eltsine ne regardait, lui, que vers les Etats-Unis dont il avait épousé à la fois la diplomatie et le modèle économique. Dmitri Medvedev, président sortant devenu Premier ministre, avait tenté de maintenir la balance égale entre l’Europe et les Etats-Unis en décrivant la Russie comme « l’une des trois branches de la civilisation européenne » avec l’Amérique et les pays de l’Union.

Jusque là, le choix avait été occidental et la Russie n’hésitait qu’entre les deux rives de l’Atlantique mais qu’en est-il maintenant que Vladimir Poutine a repris les commandes pour un troisième mandat et, peut-être, d’autres encore ?

Les choses se cherchent. Ce n’est pas déjà clair mais une autre musique, toujours récurrente dans l’histoire russe, se fait entendre aujourd’hui. Sitôt qu’il fut revenu au Kremlin, la première grande décision de Vladimir Poutine avait été de bouder la réunion du G-8 à Camp David, autrement dit d’éviter Barack Obama. Il avait envoyé Dmitri Medvedev pour le remplacer et n’aurait su mieux dire que les Etats-Unis n’étaient pas sa priorité.

Il a ensuite fait un geste en direction de l’Europe en se rendant à Berlin puis Paris, deux capitales traditionnellement importantes pour la Russie, mais les hasards du calendrier diplomatique, des rendez-vous fixés de longue date, lui permettent aujourd’hui de délivrer un message. Hier soir et ce lundi, il recevait à Saint-Pétersbourg le président du Conseil européen, le président de la Commission et la chef de la diplomatie de l’Union pour le sommet régulier entre le Russie et l’Union européenne. Ce soir, il sera en Ouzbékistan, pays-clé de l’ancienne Asie centrale soviétique. Demain, il sera en Chine pour une visite de trois jours et participera dans la foulée, toujours à Pékin, au sommet de l’OCS, l’Organisation de coopération de Shanghai qui réunit, outre la Chine et la Russie, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizistan.

Avec l’Iran et le Pakistan comme pays observateurs, l’OCS est une organisation asiatique et le fait que Vladimir Poutine passe, dans la même journée, de l’Europe à l’Asie n’est évidemment pas neutre. Hasard de calendrier ou pas, la Russie marque ainsi qu’elle a deux fers au feu, chacune des pointes du continent eurasiatique dont elle est le centre, et l’on en revient ainsi aux siècles dans lesquels la Russie balançait entre un tropisme européen et une tentation asiatique qui la rassurait et la rassure toujours. Avec la Chine qui marie, comme elle, capitalisme sauvage et autoritarisme politique, la Russie se sent à l’aise et peut faire front contre les diplomaties occidentales. Pour la Russie, la Chine et son marché ont toutes les séductions mais, problème, les Chinois peuvent ravir à Moscou la Sibérie russe que les commerçants chinois sont en train de coloniser.

Rien n’est joué. Tout est dangereux pour la Russie mais elle ne parait plus hésiter entre les deux Occidents mais entre l’Europe et une Asie qui lui permet, en tout cas, de signifier aux Européens qu’elle ne leur est pas acquise.

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