Rien n’est encore vissé. Un accident reste possible mais la Grèce et ses partenaires européens s’acheminent maintenant, et sans surprise, vers un compromis au terme duquel les Grecs et leur nouvelle gauche devraient faire nettement moins d’efforts que prévu sur leurs excédents budgétaires hors remboursement de la dette mais s’en tenir néanmoins à une très grande rigueur économique et sociale.

Ce serait un vrai compromis, typiquement européen puisque l’intérêt de l’Union, celui de l’unité européenne, passerait avant les positions initiales des uns et des autres, mais ensuite ?

Eh bien pour la suite, l’idée qui monte en Europe est décidément celle d’une affirmation politique de la zone euro au sein de l’Union, d’une Europe des 19 qui irait plus vite et plus loin que celle des 28. C’est à cela qu’on réfléchit dans toutes les capitales. C’est ce qui se lisait entre les lignes dans la contribution que la France et l’Allemagne viennent d’apporter au débat sur l’avenir de l’Europe qui sera le grand thème du sommet européen de la fin de ce mois et c’est maintenant, en plus clair, plus net et plus musclé, ce que prônent Emmanuel Macron et Sigmar Gabriel, les ministres français et allemand de l’économie, dans une tribune commune publiée ce matin par plusieurs grands titres de la presse européenne.

A leurs yeux, les pays de l’euro doivent aujourd’hui se mettre d’accord sur un « processus de convergence par étapes » qui ferait de l’eurozone une « union économique et sociale » dans laquelle ils rapprocheraient leurs fiscalités et leurs protections sociales afin d’enrayer la course au moins disant social et fiscal, à ce dumping qui affaiblit les Etats et leurs systèmes de protection.

Emmanuel Macron est considéré, en France, comme l’archétype du social libéral. Le vice-chancelier Sigmar Gabriel gouverne l’Allemagne avec une chancelière démocrate-chrétienne mais tous deux s’affirment ainsi là en hommes de gauche, totalement opposés à la vison libérale dans laquelle plus il y aura de concurrence à la baisse des fiscalités et des dépenses sociales, mieux l’Europe se portera. C’est toute la différence entre les libéraux et la social-démocratie à laquelle ils appartiennent mais leur préoccupation est évidemment aussi de mettre fin à l’intenable statu quo dans lequel la zone euro a une monnaie unique mais dix-neuf politiques économiques, souvent divergentes.

Bien au-delà de son indispensable harmonisation fiscale et sociale, ils appellent en conséquence à ce que la zone euro soit dotée, en plus de ses budgets nationaux, d’un budget commun alimenté par des ressources propres et une capacité d’emprunt. C’est une dynamique fédérale qu’ils proposent aux 19 mais sans oublier, pour autant, le reste de l’Union qui devrait élaborer, disent-ils, des politiques communes dans les domaines de l’énergie et du numérique et généraliser le système d’échange Erasmus à tous les jeunes de 18 ans. L’Union n’est pas en grande forme, on le sait, mais c’est précisément pour cela que son rebond s’esquisse.

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