Le président russe a été très discret pendant la pandémie, mais il relance aujourd’hui son agenda politique. L’idée de le revoir au G7 suggérée par Donald Trump s’est toutefois heurtée à un double véto.

Vladimir Poutine
Vladimir Poutine © AFP / Alexey NIKOLSKY / AFP

S’il est un dirigeant mondial qui n’a pas beaucoup fait parler de lui dans l’actualité, pourtant chargée, des dernières semaines, c’est bien Vladimir Poutine. Le Président russe a été « bousculé » par le coronavirus, le premier « ennemi » qu’il ait sous-estimé depuis longtemps.

Le nombre de cas de contaminations continue d’augmenter en Russie, le troisième pays le plus touché au monde, mais Vladimir Poutine déconfine et relance son agenda politique en panne.

Malgré la poursuite de la pandémie, Poutine a reprogrammé les deux événements majeurs annulés au printemps : le défilé militaire de la victoire sur le nazisme, le 9 mai, qui aura lieu le 24 juin ; et le référendum constitutionnel qui lui permettra de rester au pouvoir jusqu’en …2036, prévu en avril, et qui a été fixé au 1er juillet, sans possibilité de campagne pour ou contre, pour cause de coronavirus.

Alors que des études d’opinion font état d’un profond désenchantement de l’opinion russe, à la fois en raison de la gestion bâclée du covid-19, et des difficultés financières dues à la baisse des prix des hydrocarbures, Poutine lui vend du patriotisme, et une continuité, gage de stabilité.

La popularité incontestable de Poutine par le passé avait deux raisons. Il est crédité d’avoir redressé l’État russe après les années Eltsine ; et il a redonné une certaine fierté aux Russes en refaisant de l’ex-empire une puissance sinon respectée, redoutée. Peu importe que ce soit par des aventures à l’extérieur, en Syrie ou en Ukraine, qui ont un parfum de poudre et de sang.

Le monde, ou en tous cas une partie du monde, a été le théâtre de la reconquête de puissance russe, bien plus que l’économie ou la société, parents pauvres du « poutinisme » ; les citoyens le réalisent dans les périodes difficiles comme celle que provoque le covid-19.

Et cette reconquête à la hussarde, qui se poursuit avec un jeu trouble en Libye, se paye d’un relatif isolement. Lorsque Donald Trump a proposé la semaine dernière d’inviter Poutine à un sommet du G7, il s’est heurté au double véto britannique et canadien. Reste donc sa relation avec la Chine, qui n’est pas sans poser des questions.

Le grand paradoxe de la rivalité sino-américaine, qui est en train de structurer les rapports internationaux pour longtemps, est qu’elle ignore de fait la Russie, la superpuissance d’hier. Il n’est pas difficile d’imaginer que Poutine n’a pas pour ambition d’être le partenaire mineur de son alliance avec la Chine.

Or pour l’instant, le président russe n’a pas d’autre option politique et surtout économique que de s’appuyer sur la puissance chinoise devenue en deux décennies bien supérieure à celle de la Russie. 

C’était le pari d’Emmanuel Macron de proposer un dialogue à la Russie pour la réinsérer dans un cadre européen ; mais il n’est pas allé très loin pour l’instant. Le Président, qui devait être l’invité du défilé du 9 mai, ne sera d’ailleurs pas le 24 juin sur la place rouge; officiellement, il n’a pas été invité. L’heure du « déconfinement diplomatique » de la Russie n’a pas encore sonné.

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