Commémorer ce 4 juin la mémoire du massacre de Tiananmen à Pékin est passible de cinq ans de prison à Hong Kong, nouveau signe de la mise au pas du territoire qui a perdu son autonomie au sein de la République populaire de Chine.

Les années précédentes, comme ici en 2007, des dizaines de milliers de personnes se réunissaient au parc Victoria de Hong Kong pour une veillée à la mémoire du massacre de Tiananmen le 4 juin 1989
Les années précédentes, comme ici en 2007, des dizaines de milliers de personnes se réunissaient au parc Victoria de Hong Kong pour une veillée à la mémoire du massacre de Tiananmen le 4 juin 1989 © AFP / MIKE CLARKE / AFP

Pendant trois décennies, il y a eu un petit miracle : toute commémoration du massacre de Tiananmen, le 4 juin 1989, était interdite sur le territoire chinois ; sauf à Hong Kong, y compris après la rétrocession de 1997. C’était un objet de fierté et de différenciation pour les Hongkongais, qui participaient chaque année à une immense veillée à la bougie à la mémoire des victimes de la répression sanglante du « Printemps de Pékin ».

C’est terminé, la mise au pas de Hong Kong est passée par là. L’an dernier, la commémoration rituelle a été bannie pour cause de covid, mais des milliers de personnes ont quand même bravé l’interdit. Plusieurs activistes sont aujourd’hui en prison pour ce défi de l’an dernier, dont Joshua Wong, le jeune dirigeant pro-démocratie.

Cette année, un pas a été franchi. Certes, le covid sert toujours de prétexte ; mais la nouvelle loi sur la Sécurité nationale est entrée en vigueur et il peut en coûter cinq ans de prison de participer à une commémoration du massacre. Il est même interdit aujourd’hui d’être habillé en noir et de porter une bougie. Chow Hang Tung, une des organisatrices des rassemblements des années précédentes encore en liberté, a été arrêtée vendredi pour avoir voulu allumer une bougie au Parc Victoria.

La mémoire est un enjeu de légitimité. Deux anniversaires entrent en concurrence : celui du massacre de Tiananmen aujourd’hui, et le centenaire de la naissance du Parti communiste chinois, le 1er juillet. 

Le premier commémore ce jour funeste où l’armée populaire de libération a tiré sur la jeunesse à Pékin, faisant un nombre de morts qu’il est toujours difficile d’évaluer avec précision trente-trois ans après ; le second célèbre un Parti qui revendique une histoire mythifiée, dont sont gommées toutes les aspérités.

A la mort de Mao, en 1976, Deng Xiaoping avait résumé la période maoïste d’une formule célèbre : « 70% de positif, 30% de négatif ». Il savait de quoi il parlait, lui qui avait été purgé pendant la révolution culturelle, et dont le fils avait été défénestré par des gardes rouges à l’université parce qu’il portait son nom. 

Sous Xi Jinping, le Parti communiste n’accepte même plus ce pourcentage de « négatif », il peint en rouge une histoire officielle qui ne supporte plus de contradiction.

En Chine continentale, une grande partie de la jeunesse ignore réellement cet événement traumatique du 4 juin 1989 dont on ne trouve la trace ni sur le web chinois, ni dans les livres d’histoire. Il en sera de même un jour à Hong Kong si la transmission n’est plus permise et si la peur s’installe.

Hong Kong avait reçu la promesse d’une autonomie politique pendant cinquante ans après la rétrocession de 1997 ; mais Pékin n’a pas attendu cinquante ans, Hong Kong est chaque jour un peu plus une ville chinoise comme les autres, la promesse n’a pas été tenue.

En pleine confrontation avec les États-Unis, le régime chinois veille à maintenir un contrôle absolu de sa population. Ca passe aussi par le contrôle de la mémoire, au point de devenir, pour reprendre le titre d’un livre, la « République populaire de l’amnésie ».

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